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    Novellisation du scénario d’un film d’André Cayatte et Charles Spaak, ‘Nous sommes tous des assassins’ possède néanmoins la force des grandes oeuvres littéraires. Sous ses airs de roman noir sec et argotique, cet ouvrage ose, dès 1952, s’attaquer frontalement à un problème qui ne trouvera sa solution qu’en 1981 : la peine de mort.

    Partant de la détention d’un tueur illettré et pataud, Jean Meckert dresse une charge amère contre la “machine à raccourcir, surtout machine à simplifier”. Mieux, il dépasse le stade de la simple diatribe antiguillotine pour attaquer de front des institutions hypocrites, une justice lâche et des hommes en noir bien-pensants, qui préfèrent tuer pour l’exemple, puisque “ça ne coûte rien”, alors que “constuire des logements, ça revient trop cher”.

    La froide analyse de l’héroïsme et de la Résistance, guidée par des petits-bourgeois couards et tièdes, met en perspective l’acte de tuer. Tuer un pseudo-collabo en 1944 ou tuer un homme quelques mois plus tard, c’est devenir un héros ou un condamné à mort. Deux interprétations d’un même acte, qui scellent l’absurdité de la peine de mort. L’écriture très orale, d’une limpidité dévastatrice, accouche de sentences inoubliables (“Ca doit faire long d’une épaule à l’autre quand il n’y a plus de tête”), dont la simplicité glace le sang. Une oeuvre intense et obstinée.

     

     

    Nous sommes tous des assassins de Jean Meckert

    Editeur : Joëlle Losfeld
    Publication :6/11/2008

     


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  • Une nouvelle année pour la Décade de l’imaginaire, aux éditions l’Atalante. Et cette année, les femmes sont à l’honneur. Le principe ? Du 10 au 18 juin 2014, une nouvelle gratuite par jour sera mise à disposition. Sur la période, un ouvrage par auteure sera également disponible à prix « découverte ». Une excellente manière de découvrir ces plumes d’exception, en fantasy, en fantastique, en science-fiction, adulte ou jeunesse.


    Du Space Opera avec Laurence Suhner, en passant par la fantasy de Sylvie Denis ou le Planet Opera jeunesse de Danielle Martinigol, voici l’occasion rêvée de remplir sa liseuse pour les lectures de vacances au soleil.


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  • Un été où il mena son armée en Gautland, il mouilla son navire dans une crique à l’écart, non loin de la demeure du jarl. Quand Ragnarr y eut passé une nuit, il se réveilla tôt le lendemain matin, se leva et enfila les vêtements dont on vient de parler. Il prit un grand épieu, quitta seul le navire et marcha jusqu’à une plage où il se roula dans le sable. Avant de se mettre en route, il ôta le clou qui fixait le fer au manche. Après quoi il s’éloigna des bateaux et partit en direction des portes de la forteresse du jarl qu’il atteignit à l’aube, alors que tout le monde dormait encore. Puis il se dirigea vers le pavillon. Dès qu’il franchit la palissade derrière laquelle était le serpent, il enfonça son épieu dans la bête et l’en retira aussitôt. Il frappa à nouveau, et ce coup-là atteignit le dos. Le serpent se tordit brusquement, si bien que le fer se détacha du manche, et son agonie fut si effroyable que tout le pavillon en trembla. Alors Ragnarr se retourna pour partir et il reçut un jet de sang entre les deux épaules, mais il n’en eut aucun mal car les vêtements qu’il avait fait faire le protégeaient… 

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    * Sigurðr l’Anneau (hringr) est un roi semi-légendaire. Saxo Grammaticus, dans ses Gesta Danorum, le nomme en latin Sywardus Ring et en fait le petit-fils de Gotricus (ou Godfridus), autrement dit Guðfriðr.

    ** On raconte que Haraldr Dent de Guerre (hilditönn) – Saxo l’appelle Haraldus Hyldetan – s’était rendu maître du Danemark et d’une grande partie de la Suède, mais que, devenu très vieux (plus de cent ans, dit-on), il confia à Sigurðr – que Saxo nomme Ringo – le Svealand et le Gautland (ou Götaland). Toutefois c’était bien avant l’époque de Sigurðr l’Anneau, donné pour le père de Ragnarr.

    *** Sigurðr (Ringo), à la tête de troupes suédoises (Svear et Gautar) et norvégiennes, affronta Haraldr Dent de Guerre, à la tête des Danois, lors de la célèbre bataille des Brávellir. Sigurðr l’emporta. En réalité cette bataille, célébrée dans toutes les légendes scandinaves, pourrait avoir eu lieu dès le milieu du VIe siècle, aux environs de l’actuelle ville de Norrköping, en Suède. La Ragnars saga, confondant les deux Sigurðr, la situe implicitement à la fin du VIIIe siècle


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  • Ragnarr, le Viking dans toute sa gloire, aventurier téméraire et guerrier ombrageux, sillonne les mers en quête d’exploits. Mais lorsqu’il s’élance à la conquête de l’Angleterre, il affronte un sort funeste. Précipité dans une fosse à serpents, il y déclame, agonisant, un farouche chant funèbre. Ce sera là, dit-on, la raison de l’invasion de l’Angleterre par les hordes du Nord, où les fils de Ragnarr tireront vengeance du roi son meurtrier en lui infligeant le terrible supplice de « l’aigle de sang ».

    Mais cette légende est d’abord née du souvenir magnifié des grandes expéditions vikings historiques et, diffusée partout dans le Nord, elle a trouvé ses lettres de noblesse dans le Chant de Kráka, ou Krákumál, authentique chef-d’œuvre de la poésie scaldique, selon le livre de Régis Boyer Les Vikings : Histoire et civilisation,

      En ce temps-là, Sigurðr l’Anneau* régnait sur le Danemark. C’était un roi puissant, célèbre pour la bataille qu’il avait livrée contre Haraldr Dent de Guerre** aux Brávellir***. Haraldr avait péri face à lui, comme on le sait dans toute la moitié nord du monde. Sigurðr avait un fils qui s’appelait Ragnarr. Il était grand et avait fière allure, l’esprit vif, et il était généreux envers ses hommes mais dur envers ses ennemis. Dès qu’il fut en âge de le faire, il leva des troupes et réunit des navires, et il devint un si grand guerrier qu’on avait peine à trouver son pareil.
    Il apprit ce que le jarl Herruðr avait promis mais, n’y prêtant pas attention, il fit comme si de rien n’était. Il se fit faire des vêtements hors du commun, des braies et un manteau velus, et quand ils furent terminés, il les fit bouillir dans la poix. Puis il les conserva soigneusement.


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    Imaginez : des taulards remis en liberté, à la seule condition qu'ils acceptent... de lire des bouquins et d'en discuter ! Et ça marche... C'est une bien belle histoire vraie que nous raconte Philippe Boulet-Gercourt dans un article paru dans le dernier numéro du Nouvel Obs.

     

    Massachusetts, 1991. Un juge et son copain prof de littérature discutent. Le premier confie au second être frustré par le système judiciaire qui lui renvoie sans cesse les mêmes récidivistes. Le prof, Robert Waxler, propose alors d'essayer quelque chose avec les livres. Bientôt, huit cobayes à la peau dure (qui totalisent ensemble 142 condamnations) se voient réunir sur le campus de Dartmouth pour des sessions-lectures. Des sessions, qui, 18 ans plus tard, continuent à fonctionner.

     

    Le principe du programme : « en acceptant de lire six livres en douze semaines, et d'en discuter, le prévenu échappe à la prison ferme ou sort de prison avant terme. » Mais attention, le juge Michael Leahy précise : « Certains, pour ne pas avoir lu un livre, ont été renvoyés en prison. » Ce programme n'est donc pas un programme pour rire. Les participants eux-mêmes ne déconnent pas. Ils se prennent des claques en lisant Steinbeck et Jack London. Le juge n'oubliera jamais Larry Bird, un héroïnomane pendant longtemps incarcéré, qui passa les dernières années de sa vie à dévorer un stock de livres achetés aux puces...

    Les résultats de ce programme aurait dû en faire un véritable modèle : deux fois moins de récidivistes parmi les participants, et plus économique que l'incarcération systématique. Mais alors, pourquoi seules quelques villes s'en sont inspiré ? Car bien sûr, Le « tout-répressif » est « tellement plus simple », rappelle le journaliste à la fin de son article. Finalement, pas tout à fait un conte de fées...

     



     


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