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Arnaud Maïsetti, dans Migrations -vases communicants de mars-
Par cjeanney dans -CE QU'ILS DISENT- le 4 Mars 2010 à 12:46-
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Temps de migrations au-dehors, et déplacements des forces, bascules des équilibres — indices que le jour s’allonge (et finira bien, une heure, par rejoindre l’aube), et que le froid s’éloigne (ou recule, reprend des forces avant d’autres assauts). Alors, quelle est ma position ? Et quelles, mes directions ? C’est qu’à force de prendre un train après l’autre, ne plus savoir de l’aller ou de retour ce qui tient de l’aller et du retour, et pour où et vers quoi : c’est qu’à mesure que le texte en cours s’avance, rétractant en moi sa possibilité, le désir de plus en plus épuisé de recouvrir tous les autres récits ; et que plus je décris des courbes dans cette ville nouvelle, plus j’en épuise les contours — et au réveil, sensation d’habiter toujours un autre temps : je mets de longues minutes à me situer dans l’espace et le temps, dans mon corps même. Dès lors, quelles ?
Vers dix heures et demi ce jour, vacarme de cris dehors, comme des bêtes qu'on égorge : au dessus de la ville, par centaines et en lignes, des oiseaux passent en hurlant. Temps de migrations soudain : et sur quelques minutes seulement, les hurlements depuis l’ouest, et les passages par vagues — comme des escadrons de combat venus de la mer, et qui ignorent en bas nos regards hantés tout le jour par ces cris.
Ce qui migre, d’un seul mouvement (et je rêve, un peu, le signe qui a déclenché cela, le battement d’aile du premier oiseau derrière lequel, tous, sont partis), dans la profusion des nuages, le crissement des gorges : je me le demande. La geste répétée des saisons, le mouvement de plaques des vivants qui les font aller, d’un bout à l’autre du monde, peupler ses évidences, les territoires les moins hostiles.
Je me demande, alors : si dans quelques mois je serais encore là, à la fenêtre de la même chambre, tapant le même texte et arrachant chaque mot comme ma propre peau, comme j’arrache mes ongles sous la peur : je me demande si je serais là, oui ; à les voir passer en retour, s’élancer comme tout à l’heure par dessus la ville et traverser l’océan à l’ouest, s’arrêter finalement au signe du premier oiseau plus fatigué que les autres, plus sûr de la position des terres.
Et si je ne suis pas là : où ?
Arnaud Maïsetti
qui prend ma place comme je prends la sienne.
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Premier vendredi de mars : cadeau superbe d'Arnaud Maïsetti que ce texte et cette photo. Voir aussi son site et ses Anticipations (dont une version augmentée se prépare actuellement sur Publie.net).
Et merci à lui de l'espace qu'il m'offre aujourd'hui sur Contretemps.
Plaisir constant de ces Vases Communicants et des échanges renouvelés, après ceux des mois précédents : Brigitte Célérier, Juliette Zara, Anne Savelli et Isabelle Butterlin.
Les liens du jour à suivre ci-dessous :
(et merci à Brigitte Célérier pour la compilation attentive !)
Philippe Annocque et Cécile Portier
et puis Anita Navarrete Berbel le jardin sauvage reçoit Anna Angeles sur son autre blog effacements...
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Tags : temps, autres, jour, demande, ville
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Commentaires
1brigetounVendredi 5 Mars 2010 à 07:15toujours un peu intimidée - aime le mouvement avec son entêtement et sa nécessité impérieuseLa nature ne doute pas, elle est alors que nous, nous oublions parfois qui nous sommes.3cMardi 8 Juin 2010 à 22:15d
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