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Par cjeanney dans ce qu'ils disent le 2 Septembre 2010 à 17:29
Aujourd'hui sur tentatives, Pierre Ménard, avec un nouvel extrait d'un texte Les lignes de désir, en cours d'écriture, dans le cadre de sa résidence d'écrivain à la Librairie Litote en tête, soutenue par la Région Île-de-France :

Il faut bien commencer, mettre un mot devant l'autre, comme on marche, avancer dans le clair du jour sans forcément savoir où l'on va, puisqu'il faut que le monde commence quelque part, dans une ville ou dans un livre. La ville (en promenade) est une construction qui intègre aussi les vitesses. Les différences de potentiel, les rythmes, les sons. Ce qui commence à la trace et qui va à l’effacement. Un vide peuplé d’ombres enchevêtrées à des monologues intérieurs. L’effacement lui-même. La foule est son domaine. C'est-à-dire une tonalité en perpétuelle expansion. Sa passion et sa profession, c’est d’épouser la foule. Jamais refermée, toujours en mouvement. Ces villes du regard quotidien. Pour le parfait flâneur, pour l’observateur passionné, c’est une immense jouissance que d’élire domicile dans le nombre, insérées parmi d'autres villes, aux rues tracées par nous seuls, dans l’ondoyant, dans le mouvement, dans le fugitif et l’infini. Sous l'aile d'éclairs qui répondent à nos attentions.

De la ville, qu’est-ce qu’on voit ? Ce qui n'est pas elle, mais qu'elle partage avec d'autres. Être hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi. Peut-être qu'il nous faut prendre une certaine distance pour voir ce chemin, en tout cas un point de vue différent semble nécessaire. Voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde. La langue ne peut que maladroitement définir ce qui est en jeu ici. Comme à la fois distrait et sujet à l'attrait, celui que tout attire. L’observateur est un prince qui jouit partout de son incognito. Celui que tout attire, que rien ne retient. Nous ne reviendrons pas plutôt il me semble. J’y glisse dedans sonder seul écho méritant. Ce qu’on voit loin n’est pas. Pas nombre ce qui s’ajoute quand même. Il faudrait dire un peu l’urgence d’atteindre. D’autres que moi s’y sont posés, exposés. Notre regard flotte sur la ville, à la fois curieux, lassé, disponible et renfermé. On ne cherche tant peut-être que parce qu'il n'y a rien à trouver.
Pierre Ménard
qui prend ma place comme je prends la sienne ce jour
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Pierre Ménard, impossible de passer à côté de son site LIMINAIRE à multiples rubriques.
(Bloc note poétique, Sons, Ateliers d'écriture, etc.)
Et, comme chaque premier vendredi du mois, mille remerciements à Brigitte Célérier qui recense avec exactitude et attention les vases communicants à suivre : Liste ICI.
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Par cjeanney dans ce qu'ils disent le 28 Août 2010 à 12:17
« & tout commencerait par ça :
Nous. Petites aiguilles piquant le monde. Saupoudrées au hasard. Tombant d'un sac percé. Nous répandant juste avant l'aube dans les rues d'une ville ou d'un village. Appliquant méthodiquement la méthode. Les règles de l'art Kouropatkine. Débarquant. Là. Nous autres. Petit matin. Bêtes rampantes et galopantes sautant légères et gracieuses hors des camions. Brownings au poing. Prêts qu'on serait à perforer. Trouer les cœurs. Ou les têtes. Tandis que l'ennemi du jour s'égayerait. À qui mieux mieux. Poussant des cris. Se réfugiant dans les fissures. Les interstices. Craignant la force de frappe. Tournoyante. Le tourbillon insane des balles. Des balles des chiens fous de Kouropatkine. Le Général. Lançant ses troupes. Comme chaque printemps. Rappelant au monde notre existence. Faut pas compter sur l'hiver. Dirions-nous. Faut surtout pas compter sur le gel de l'hiver. Faut surtout pas compter sur les frimas. Les grands froids. Pour exterminer la vermine. Dirions-nous. Nous sommes de sauvages infects. Dirions-nous. Nous surgissons de la terre. Sortons au printemps de nos grottes. Nos repères secrets. Avons d'abord un stock à refaire. Des provisions. Frappant au hasard. Kouropatkine pointant un doigt sur la carte. Les yeux fermés. Une fois les pétoires huilées. Prêtes à l'emploi. Pan. Dirait-il. Ça sera ici. Oui. Dirions-nous. Repoussant les bâches jaunâtres. Et mal fichues. Puantes. Des camions. Sautant à terre. Prenant pied. Insufflant dans les rues un air nauséabond. Bouleversant. Nous autres. La surface du monde. L'échiquier tranquille du petit monde tranquille des villes et des villages. »
Vincent Tholomé
-Histoire secrète des prairies du Nord-est asiatique-
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Par cjeanney dans ce qu'ils disent le 8 Juillet 2010 à 14:18
C'est le numéro de juillet-août :

et lorsqu'on l'ouvre
avec
(ma participation : un extrait de ma liste, entière ici)
Beaucoup aimé les petites phrases de Florence Boutet, par exemple :
Le chirurgien a sorti mes tripes
pour les raccourcir de quarante centimètres.
Moi je n'aurais jamais eu le courage
de faire autant d'études.
(son blog Ecriture et collages)
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Par cjeanney dans ce qu'ils disent le 1 Juillet 2010 à 09:38
Les restes du voyage
Tu vois, je suis allé parcourir la Presqu’île, en été cette fois (c’est à quelle heure l’été le 21 juin ?). Tu vois, pas les mêmes bourgs qu’en mars d’il y a 1 an et 1/2, enfin pas tous. Pas de Piriac, pas de La Baule, pas de La Turballe. Comme lecture, j’ai pris une BD de Burma par Tardi et Le Reste du voyage de Bernard Noël, à qui je pique le titre.
J’ai pris aussi mon petit carnet de dessin, histoire de m’y remettre sérieusement.
PORNICHET
Tu vois, La Baule et Pornichet, kif kif et le bourricot. Extrême sud-est de la plage, vue sur le long front de mer dégueu bien comme il faut. Le ciel se découvre, la chaleur étouffante s’installe, pour les jours suivants aussi.
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Là, le sol est divisé en carrés inégaux de forme, tous encaissés par d'énormes talus de terre grise, tous pleins d'une eau saumâtre, à la surface de laquelle arrive le sel. Ces ravins faits à main d'hommes sont intérieurement partagés en plates-bandes, le long desquelles marchent des ouvriers armés de longs râteaux, à l'aide desquels ils écrèment cette saumure, et amènent sur des plates-formes rondes pratiquées de distance en distance ce sel quand il est bon à mettre en mulons.
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BATZ-SUR-MER
Tu vois sur la plage, je le sors, le carnet. Quelques mamies bronzent, une blondinette bien huilée aussi. Batz, une petite plage tranquille de quelques 10aines de mètres de long, quelques petits bateaux au mouillage et de très rares nageurs slalomant entre. J’y plonge les pieds, dans l’Océan. Les pieds justes, parce que c’est froid l’eau-séant. En fin d’après-midi, j’aide à relever une dame d’âge avancé tombée les genoux dans le petit estran et son tapis d’algues & coquillages.
GUERANDE

Tu vois, l’hôtel est dans les murs. Du XVè ou XVIè siècle les murs. Murs de granit, à paillettes, un petit air de fête perpétuel, ça brille, ça scintille. Je m’empiffre de galettes au blé noir et de crêpes à tous les goûts. Sur les remparts, je me lance dans mon 2è dessin. Puis le soir je reprends sur la place désertée.
J’ai remplacé le feutre pinceau par ce feutre noir à mine simple, tu vois. Moins de nuances, plus de précision (sic !). Bancals sont mes dessins, si tu vas à Guérande, tu pourras vérifier. Ici une fenêtre manque, là un étage. Pour me dédouaner je reprends la phrase de William Turner : « Tu ne dois pas décrire les éléments de manière réaliste mais seulement les suggérer en quelques touches, le spectateur contemplatif de l’ensemble fonctionne en accord ou en désaccord de l’œuvre. »
BATZ-SUR-MER
A Batz il y a la plage, mais sur le chemin de la plage il y a les églises, l’une qui a encore son toit et l’autre, la grande chapelle, qui ne l’a plus. Je trouve chez Bernard Noël une évocation de San Galgano, près de Florence, qui a aussi un pet au casque.
SAN GALGANO
ici la limite indique l’ouverture
l’infini se dévoile à partir du clos
le temps devenu forme a tué le temps
il est à présent la musique visible
sur l'aile de qui le regard se fait ange
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- J'ai des brodequins, allons-y, me dit-elle en me montrant la tour de Batz qui arrêtait la vue par une immense construction placée là comme une pyramide, mais une pyramide fuselée, découpée, une pyramide si poétiquement ornée qu'elle permettait à l'imagination d'y voir la première des ruines d'une grande ville asiatique.
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LE CROISIC
Courageux, je pousse jusqu’au bout de la jetée, celle qui mène au phare. Bien 800 mètres, au bas mot, la jetée du Tréhic, qu’elle s’appelle. Balzac compare Le Croisic à Venise, pourquoi pas, après tout. Je tente un kouing amann à la boulangerie, sur le quai.
CHATEAU DU RANROUËT
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D'un côté, la mer ; ici, des sables ; en haut, l'espace.
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LA ROCHE BERNARD
Tu vois, la Bretagne d’ici c’est plat, plutôt ; vallonné tout au plus, parfois ; les routes sont droites comme des canaux de Nantes à Brest de n’avoir pas d’obstacles. Mais quand tu arrives à La-Roche-Bernard, là c’est Gargilesse, c’est la Creuse, c’est le Massif Central.
GUERANDE

La Carcassonne bretonne retrouve son calme. Le premier soir, comme c’était fête de la musique : tours intérieur et extérieur des remparts avec dans la besace les sons d’une fanfare du coin, des danses country, de la bossa nova française, du pré-punk breton, des petits jeunes pas mal. La Carcassonne bretonne retrouve son calme, je peux me poser pour dessiner.
Près de la porte Vannetaise, j’entre et demande à la libraire si elle connaît les modèles des lieux du Béatrix de Balzac. « Le presbytère, oui, c’est le même, la place de l’église où passe l’abbé ; le château des Touches non, je ne pense pas qu’il existe, certains disent que ce serait celui de Careil, d’autre que c’en est un qui a été détruit. » Ou alors Balzac a importé un autre château comme il aurait placé Azay-le-Rideau dans le Sancerrois.
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Les sites les plus beaux ne sont que ce que nous les faisons. Quel homme un peu poëte n'a dans ses souvenirs un quartier de roche qui tient plus de place que n'en ont pris les plus célèbres aspects de pays cherchés à grand frais !
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En gras et italique : citations tirées de Un drame au bord de la mer (H. de Balzac)
Nathanaël Gobenceaux
qui prend ma place comme je prends la sienne ce jour
Suivez Nathanaël Gobenceaux sur NOTES&PARSES et LIGNES DU MONDE, et retrouvez son travail sur Remue.net.
Petite liste de vases communicants ce mois-ci, la faute à juillet sans doute, aucune excuse donc pour ne pas aller les visiter tous !
Christophe Sanchez et Kathie Durand
Pierre Menard et Arnaud Maïsetti
France Burghelle-Rey et Florence Noël
Landry Jutier et Brigitte Célérier
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Par cjeanney dans ce qu'ils disent le 22 Juin 2010 à 13:00
"Le cœur est voyageur, l’avenir est au hasard"
Le cinquième numéro de la revue d’ici là, concocté par Pierre Ménard, est consacré à la sérendipité (ce qu’on trouve sans le chercher).
42 auteurs et 135 pages à télécharger ici
avec Gilles Amalvi, Joël Baqué, Perceval Barrier, Étienne de Bary, Daniel Cabanis, Luc Dall’Armellina, Philippe De Jonckheere, Caroline Diaz, Michèle Dujardin, Elisa Espen, Michel Falempin, Claude Favre, Jean-Yves Fick, Jean-Marc Flahaut, Stéphane Gantelet, Nathanaël Gobenceaux, Christine Jeanney, Anne Kawala, Klimperei, Stéphane Korvin, Elise Lamiscarre, David Lespiau, Laurent Margantin, Stéphane Massa-Bidal, Pierre Ménard, Juliette Mezenc, Sandra Moussempès, Régis Nivelle, Florence Noël, Grégory Noirot, Jean-Noël Orengo, Isabelle Pariente-Butterlin, Arnold Pasquier, Daniel Pozner, Pierremannuel Proux, Alain Robinet, Anne Savelli, Joachim Séné, Nicolas Vasse, Guillaume Vissac, Colette Tron, Éva Truffaut
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