• -CE QU'ILS DISENT & VASES COMMUNICANTS


     

    avis de déménagement

     

    NOUVELLE ADRESSE ICI



    -CE QU'ILS DISENT & VASES COMMUNICANTS


    à cause de phrases lues, paragraphes, textes, fragments qui résonnent, extraits, auteurs, titres, citations. Et l'endroit où sont les Vases Communicants

     


  •  

     

    «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.



    Ce jour échange entre tentatives

    et Elizabeth Legros Chapuis

    du tout jeune blog Fragmentaire ses textes courts, sa mystérieuse ambiance...

    (et son site Sédiments est à visiter ici)

    Notre vase communicant se place dans la catégorie express, puisque décidé à la dernière minute ou presque, le jeudi 2 août vers 10h du matin... et nous avons fait l'échange de nos textes et photos le même jour vers 20h, c'est-à-dire hier soir...

    Merci à Elizabeth de sa réactivité enthousiasmante ! et surtout de son texte que voilà ci-dessous :



     

    Au château des mots

     

     

    Cela devait être court, on me l’avait bien précisé, et le lézard de service me l’avait confirmé. Court et rapide. Cela tombait bien d’ailleurs, je n’avais plus beaucoup de mots, juste quelques maux épars çà et là. J’allais devoir les collecter, les ramasser avec ma pique, mais où l’avais-je rangée cette pique, après la révolution ? Dans le local à vélos sans doute, et on venait d’équiper ce local d’une nouvelle serrure, mais où en avais-je mis la clef ? Saint Antoine, c’est le moment de montrer tes talents… Reprenons : la clef doit se trouver… non, peu importe, je ne vais tout de même pas me resservir de ces vieux mots usés, effilochés, un peu sales, qui ont traîné partout. Je veux des mots tout neufs, éclatants, chatoyants, scintillants, des mots où l’on aura envie de se lover, de se plonger dedans comme dans un grand vase d’eau pétillante, des mots que l’on voudra s’enrouler autour du cou comme un boa amical. Ah, ce n’est pas forcément facile, mais j’en ai des réserves, que je conserve pour les grandes occasions ! Attention tout de même, ne pas faire pour autant dans le grandiloquent, l’emphatique, le boursouflé, réserver ce genre de choses à mes ennemis habituels, les envelopper dans des flatteries tellement dithyrambiques qu’ils ne pourront qu’en constater la ridicule exagération… mais je m’égare, comme disait Gustave, sur l’oreiller, à sa copine la belle Salammbô. Commencer par le commencement : le vélo volé, le voleur envolé, le vil volage avalisé. (C’était avant la nouvelle serrure, bien sûr. C’est Louis Seize qui l’a installée ; ça aussi c’était avant la révolution, bien sûr.) Pas trop de majuscules non plus, c’est indigeste. L’ennui, c’est que les mots les plus disponibles, je les conserve dans les sacoches de mon vélo, et une fois le vélo volé, où sont les mots allés ? les mots ailés ? Mais ce n’était là que le tout-venant des mots, entassés pêle-mêle avec quelques bouts de phrases toutes faites, de celles qu’on peut assembler vite fait avec juste quelques chevilles de bois de cèdre. Tandis qu’aujourd'hui il me faut du sur mesure, de la phrase ciselée à l’ancienne, mot après mot, les adjectifs bien polis, les adverbes dument passés au rabot ! et les verbes ! gloire aux verbes ! à moi le Verbe, que je devienne verbeuse ! Avoir les genoux clairs, les coudes francs, les pieds heureux. Je monte en sifflotant, l’air faussement dégagé, le sentier sinueux de la montagne, au sommet de laquelle se dresse le château des mots. L’ascension sera longue, le chemin est montant, sablonneux, malaisé, et mes sandales rongées par une maladie héréditaire. Scandaleuses sandales ! quels vandales me les ont vendues ? quels perfides à la langue bien pendue ? Continuant l’escalade, je vérifie négligemment que j’ai bien emporté le mot de passe, plié dans ma poche fessière, afin de franchir sans encombre le pont-levis, ainsi que quelques piécettes pour me concilier la bienveillance des gardes : allez donc boire à ma santé, manants, pendant que je ravagerai les coffres du château. Je m’emparerai des mots les plus beaux, les plus profonds, ceux qui sont façonnés comme des oignons, où chaque peau enlevée découvre un autre sens, lance dans une autre direction. J’en remplirai ma besace sans vergogne, et je dévalerai le sentier à toute berzingue, en me bourrant de berlingots. J’atteindrai la ville au crépuscule, je suivrai rêveuse le bord du canal, et je trouverai à l’endroit prévu le cahier qui attend, persévérant et quelque peu circonspect, de recevoir la visite de ma plume. Je lui en fournirai tout un édredon, je les lisserai délicatement du bout des doigts, puis le mettant de côté, je me dirigerai vers le maître absolu, l’ordinateur aux yeux clairs, à la mémoire fringante, et le laisserai me diriger à sa guise.


    Elizabeth Legros Chapuis dans Au château des mots, vase communicant d'août 2012


    Elizabeth Legros Chapuis

    qui prend ma place

    comme je prends la sienne ce jour




    Les vases communicants du mois d'août sont visibles depuis cette adresse, et on ne remerciera jamais assez Brigitte Célérier pour son énergie et sa patience à en tenir une liste opérationnelle !





    1 commentaire


  • «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.



    Ce jour échange entre tentatives et André Rougier

    du blog LES CONFINS.

    Il y dépose ses textes, citations, extraits, tableaux, photos, musiques ou tout ce qui représente son paysage, horizon vaste et dense fait de résonnances multiples, personnelles, terre de poétique habitée des figures illustres qui l'accompagnent.

    Le point de départ de nos deux textes était un accord sur le choix d'un tableau parmi un panel de cinq : celui vers lequel nous nous sommes tous les deux dirigés est L'Empire des lumières de Magritte.

    Ci-dessous, le texte d'André Rougier.




    Pas le réveil


    André Rougier, dans Pas le réveil (vases-communicants de juillet)


     

    D'abord, le silence.

    (Pas le silence tel qu'on l'entend.

    C'est-à-dire pas le vrai.

    Puisqu'on l'entend.)

    Mais celui qui aplatit, fait ployer jusqu'à la courbure des temps, là où il n'y a plus de fuite, pas même pour les lignes.

    Cabossé, délavé, précis comme une clef de songe, sans soubassement ni renvoi vers qui en aurait, ne s'étirant que vers des fins de monde...

    Décalage qui promet et récuse, muant le manque en recours : crépuscule sans déclin, d'un côté, jour qui ordonne et consume, de l'autre, legs ultime, nœud, ellipse, mûrissement bref, déplié, pourchassé aux lisières des vaines créances, à son insu préservé des servitudes et des éclaboussures - talisman inabouti qu'il nous appartient de détourner désormais, mais à son seul profit...

     

    [Empire : atours, décours, étendues, lumières. Toutes, avec de l'obscur dedans, du bleu pour le ciel, de l'inapaisé dans les feuillages...

    Nuages, lampadaire, maison esseulée, reflets en partage dans ce qui pourrait être « l'oeil d'eau sans bords » où Arthur entrevit et soupesa les boues de ce monde, rangée de volets clos, bâtisse indistincte ici, grille clôturant l'opaque là, pas d'entrée devant, deux fenêtres éclairées à l'étage...

    Cela pourrait être n'importe où, partout où le le lieu est Lieu, et gourmande la formule. À Bruges la goule, ou rue de la Vieille Lanterne où l'on se pend au Dehors, ou à Montmartre où de vierge il n'y a que la vigne (l'on pressentirait, pourquoi pas, la gagneuse de coutume adossée au réverbère partie faire une passe – nul mal à ça puisque les mots en font, ouvrant sur d'imployables Sésames, couvant les butins d'autres pillages...)

    «Énigme du visible », dira-t-on, avec raison, car comment vivre si tout est tel qu'il apparaît ? 

    Dialogue rompu, double face, sourde médaille : pas de réponse, mais sur l'heure et à jamais hoquet sans amarres, bris rempli, veines tailladées loin de ces fenêtres offertes au crépuscule déjà entamé, mais qui ne devance qu'à peine l'aube du coq ouvrant sur le vide : quelles paisibles horreurs derrière ces vitres aux lueurs diffuses, quels inavouables périples entre lit, lampe et livre, quelles étreintes, quelles insomnies ?

    Quelque chose s'est égaré, quelque chose résiste, comme suspendu à cette ligne d'horizon qui tranche à vif, violemment, démonte les codes, mine la représentation, sépare le monde de son « image », le Réel de la « réalité »...

    Lumières, oui – mais pas que celles offertes – celles de la Raison aussi (de la dialectique, cette vieille fille, en prime), fin de partie éperdue, servante au grand cœur dont on n'est même pas jaloux, scellant le trépas des émois et effrois, là où toujours l'on finit par se perdre, yeux perdus dans la blessure de la mémoire, de derrière les mers, à l'ombre des beffrois...

    Métaphore limogeant cette même réalité, car si ce que je vois n'est point ce qui est, c'est bien la preuve qu'il me faudrait à coup sûr aller voir ailleurs, et autrement.]

     

    Pur présent qu'aucun calendrier désormais ne dessèche - sûr qu'il est que tout ce qui en nous lui fit écho nous y ramène, artefact infidèle comblant le somnambule gouvernement des choses.

    Lieu, ni surplombant, ni interdit, œil croupi visant, mais sans rien exiger, l'angle d'ombre sans qui la lumière s'essouffle, suspicion allégée, déchue de toute exaltation comme de toute fatigue, sauf de soi...

    Voie devenant usage pour que le temps fasse sens, et signe, traversée te baignant, toi qui es, par-delà l'Autre que parfois tu es, avec dans le double fond l'inégal, la lézarde, la saisie dérobée, le chant vorace qui garde et détisse, le heurt qui te défait pour enfin t'atteindre, toi et ces traces qu'une part de toi récuse, celles qui se sont perdues, celles qui changèrent de place, sont devenues butin et réminiscence...

    De savantes musiques manqueront à ce désir qui n'est pas sujet et n'a pas d'objet, mais qui toujours nous fit l'aumône de ses restes, qui ne sont pas que littérature.

    Après (mais pourquoi faudrait-il qu'il y en ait toujours un?), midi sera de retour.

    Pas le réveil.

     

     

     

     André Rougier

    qui prend ma place comme

    je prends la sienne ce jour



    Les autres Vases communicants du mois de juillet sont visibles sur ICI

    grâce à la générosité constante de  

    Brigitte Célérier  

    (qu'on ne remercie jamais assez je trouve)


     

     




    1 commentaire
  •  

      

    «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.



    Ce jour échange entre tentatives et le site de Louise Imagine, auteure de L'Instant T (un instant à parcourir et re-parcourir, vraiment).

    Nous nous sommes envoyé chacune deux photos / points de départ des textes. Ci-dessous, mes photos accompagnées des textes de Louise, et sur son site, ses photos et mon texte. Il n'y a que les vases communicants pour permettre de telles rencontres, enrichissantes et toujours singulières.

     



     La ville et le balcon


     

    Louise_Imagine dans La ville et le balcon (vases communicants d'avril)C’est ainsi que la ville se déploie, sombre à vomir, tu le sais. Bois mort, dressé au dessus de nos têtes, poings tendus rageurs vers un ciel qui n’écoute jamais. Bleu impitoyable, écœurant et mouvant, trop brillant. Cette sale luminosité où nous aimions  projeter nos pauvres rêves stupidement ciselés derrière le voile de nos paupières, cette sale luminosité écrasant courbes et subtilités, tout espoir balayé. Ne reste que ce goût, amer, dans la bouche… 

    Ne plus penser. Rayer de la carte cette ville, cette rue, cette maison et tout ce qu’il y a dedans.  

    Oublier. 


     Louise_Imagine dans La ville et le balcon (vases communicants d'avril)Ombres du balcon où nous jouions enfants. Crépi dentelé où nous laissions glisser nos doigts en courant l’un derrière l’autre. Il y avait le jardin, aussi, à l’arrière de la maison. Herbes trop hautes et pâquerettes parsemées, haies de lauriers roses et petits sentiers creusés par les chiens dans une végétation laissée à l’abandon. Un peu plus loin encore, tout au fond, se trouvait le muret en pierre tant de fois escaladé en cachette, nuit tombée. Nous grimpions sur le toit de la bâtisse voisine, retenant notre souffle, ne pas glisser sur les tuiles fragiles, grimper jusqu’en haut, au plus près de la voûte céleste et de son majestueux scintillement. Cœurs battant à la chamade, nous nous installions le plus confortablement qu’il nous était possible, allongés, pieds calés contre la gouttière. Tu sortais alors la cigarette volée à ton père, la faisais rouler précautionneusement entre tes phalanges, avec une lenteur suave et gourmande. Je ne pouvais quitter des yeux le mouvement de tes doigts fins sur le cylindre blanc, hypnotisée, attendant que tu cherches enfin dans l’une de tes poches le briquet. Alors que tu tirais avec jubilation sur la cigarette, la flamme consumait le tabac en un crépitement feutré, et plus que l’odeur même qui s’élevait voluptueuse et nous enveloppait, c’était ce crépitement là que j’attendais, gorge sèche. Sans mot dire, yeux nimbés par la blancheur stellaire, pensées perdues au plus profond de nous-mêmes, nous laissions ensemble la nuit nous envelopper.


    Louise Imagine

    qui prends ma place comme je prends la sienne ce jour



    Les autres vases communicants du mois d'avril ont été soigneusement répertoriés par Brigitte Célérier

    ICI

     grand merci à elle !




    5 commentaires
  •  

     

     «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.


    Ce jour, échange avec Christophe Sanchez du blog fut-il.net, un échange qui fait sens, chacun étant allé chercher un peu plus profond, au fond de nos convictions, au fond de notre rapport au texte, aux textes.

    Pour chacun de nous deux, sûrement la découverte (re-découverte) du Vieil Homme et la mer d'Ernest Hemingway, dans la traduction neuve de François Bon, et malgré les obstacles, c'est ce qui reste, c'est ce qui compte vraiment.

    Christophe Sanchez dans, (vases communicants de mars)

     Nous avons tous les deux choisi un extrait (ci-dessous en italique) et l'avons prolongé.

    Le vieil homme rêve, par Christophe Sanchez, voici :


    […] Il s’endormit très vite, et rêva d’Afrique, quand il n’était qu’un garçon, avec les longues plages dorées et celles de sable très blanc, si blanc que l’œil en faisait mal, et les falaises des caps et au fond les hautes montagnes sombres. Il revenait se promener sur ces côtes toutes les nuits désormais, et dans ses rêves il entendait le grondement des vagues et voyait les bateaux indigènes les traverser. Il sentait le bitume et l’étoupe du pont quand il dormait, et il sentait cette odeur de l’Afrique que la brise de terre apporte au matin.
    D’habitude, quand il sentait cette brise de terre il se réveillait, s’habillait et partait réveiller le garçon. Mais cette nuit la brise de terre vint très tôt, il sut dans son rêve qu’il était trop tôt, et continua à rêver […] emmitouflé dans cet air chaud qui lui caressait le visage. Ce qu’il rêvait, il le rêvait désormais pour le garçon, afin que lui aussi puisse rêver un jour, pour qu’il voie sous paupières l’étendue extraordinaire de ces paysages.
    Et dans la profondeur de son rêve à grandes lames transparentes, lui revint la quiétude des nombreux voyages qu’il faisait garçon sur les rives de son Afrique, l’imaginaire en pointe et le cœur soulagé de voir en ces territoires la légèreté de la vie vaincre l‘adversité des terres pauvres.
    Son sommeil lui laissait le répit de sentir, d’approcher les choses comme il le souhaitait, avec la sérénité voulue, son vieil âge en fidèle étendard au service de ses expériences oniriques. Tout s’enchainait à merveille jusque dans le regard du garçon qui l’avait rejoint dans son rêve et auquel, tous deux assis sur le pont, il racontait la majesté des bateaux, la touffeur des nuits claires et la brise de terre en réveil qui flattait ses narines. Il rêvait paisible laissant venir à lui une multitude d’images rassurantes : des voiles gonflées des bateaux indigènes à la mer dans sa solitude chargée du peuple de là-bas qui, malgré l’indigence, donnait à l’humanité sa liberté, la véritable liberté qui lui manquait tant ici.
    C’est de cela, rêvait-il, dans un sommeil troublé du bonheur de transmettre, c’est de cela qu’il fallait parler au garçon lorsque le rêve le laisserait se réveiller à une heure plus convenable, à l’heure où il le retrouverait plein d’une innocence qu’il faudra couvrir de rêves.


    Christophe Sanchez

    qui prend ma place comme je prends la sienne ce jour


    La liste des Vases Communicants de Mars réunis par Brigitte Célérier est ICI.




     


    2 commentaires
  •  

     «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.

     

     

    Ce jour, échange avec Sylvain Esposito ou @CanisLupusBzh qui écrit dans Hurler à la lune, et c'est le titre de son dernier billet, Post-it, que nous avons partagé. C'est réellement un partage, car nous avons tourné autour tous les deux. Encore une fois, un vase communicant unique. Merci Sylvain.



    Trois petits M en filigrane


    Il avait suivi la piste. D'abord intrigué, curieux. Puis tour à tour inquiet, amusé et ému. Il suivait les cailloux verts et jaunes qu'elle avait semés derrière elle (devant ?). La suivre ou la précéder ? Etrange tout de même ces quelques mots éparpillés, qui relancent la machine à écrire, à dire, à sentir. Fascinant le contraste, entre la rectitude implacable de ces petits carrés et leur alignement erratique. Entre leur uniformité et la variété des pensées, des sentiments, couchés dessus.

    Cela avait commencé comme un jeu, remarques légères et intimes à la fois, et puis...

    Et puis les petits cailloux verts étaient devenus moins rieurs, jusqu'à finir par le toucher, tout au fond. Là où il se croyait caché. Qui était-elle (il savait que c'était une "elle", l'écriture ne trompait pas) ? Et comment pouvait-elle le connaitre aussi bien ? Et, surtout, comment avait-elle pu venir déposer ces petits bouts de papier chez lui sans qu'il s'en aperçoive ?

    Il lui fallait faire quelque chose, tout de suite, il le sentait bien, le savait. Mais il ignorait quoi. Et restait interdit devant ces injonctions (ou ces aveux ?). Observer... Bien sur, mais observer quoi ? Ou bien l'observait-elle ? Oui, c'était surement ça. Forcément ça. Elle l'observait (mais depuis quand ?), voulait comprendre (mais quoi ?). Et lui, entouré, cerné, par ses mots à elle, par son regard multiplié, ne savait plus. Impératifs infinitifs accumulés autour de lui, en rangs serrés. Curieusement, il se sentait au chaud au milieu d’eux. Et cette voix, imaginée, si vraie pourtant.

    Quoi d’autre ? Question lancinante, martelée, répétée. Sans réponse toutefois. Par la fenêtre, une girafe qui passe, à décoder probablement. Faire une pause. Penser à elle. Comprendre enfin les signes verts hors-catégorie.

    Il commençait à croire qu’elle était partout, omnisciente et polymorphe. Comme un esprit bienveillant et attentif qui demanderait de ses nouvelles malgré son mutisme. « Elle va finir par prendre toute la place, cet appartement rétrécit ! » se disait-il. Toujours suivre les petits carrés. Encore… L’angoisse montait, petit à petit, de savoir si il y avait un suivant. Mots essentiels, indispensables soudain. Jusqu’au dernier, une main, précieuse, en arrière plan. Alors il comprit.

    Il avait suivi le chemin, jusqu'à la chute, point suspendu "je suis ton père il a dit, l'autre". Trois petits M en filigrane.


    Sylvain Esposito

    qui prend ma place comme je prends la sienne ce jour


    Les autres vases communicants de février se trouve ICI grâce au travail incomparable de Brigitte Célérier.





    1 commentaire
  •  

     

     

     dans Blanche étincelle de Lucien Suel

     

    dans Blanche étincelle, il y a


    un jardin où il recouvre les graines en caressant la terre du bout des dents, par un mouvement élégant de va-et-vient au-dessus de la ligne


    une flaque d’eau gelée dans une ornière, bulles blanches prisonnières sous la glace


    un mouchoir au fond de la poche de son manteau qu'elle attrape


    les doigts de Blanche. Chacun d’eux surmonté d’une flamme, étincelles lumineuses trouant la nuit


    un dimanche de Pâques 1949


    des Poireaux monstrueux de Carentan, des petits pois merveille de Kelvedon


    l’araignée morte au fond de la baignoire


    elle qui se demande C'est quoi, la nature de ma nature ? Pot de yaourt, bombe atomique, collants synthétiques, semelles élastomères, grain de beauté. Le mal est naturel. Certaines plantes ont des tiges à section carrée. Quelle est la fréquence de la douleur ?


    le disque de Blanche, voix de Kathleen Ferrier, poème mis en musique par Mahler, surtout le quatrième lied

    ...Sie machen nur einen weiten Gang

     

    le plein de vie. Gratuitement. En toute liberté


    un Gah-onk, gahgah ouhnk. Ttipu titipu


    l’image de Benoît Labre dans la bibliothèque, appuyée au dos des recueils de Verlaine et de Germain Nouveau


    des Champs, blé en herbe, prairies désertes, clôtures barbelées, haies d’aubépine, clochers, mont des Cats, mont Noir, beffroi de Bailleul émergeant de la brume. Armentières


    et au milieu, Mauricette


    (avec beaucoup d'autres choses)

     

     

    ~> Blanche étincelle de Lucien Suel
    aux éditions de La Table Ronde

     




    votre commentaire



  • Latife Tekin, dans Meydan la place


    [...]


    "En tout dernier lieu j’aimerais vous envoyer le manifeste que j’avais rédigé du temps où j’étais encore anarchiste de l’amour.


    1. Tu oublieras tous les livres que tu as lus, toutes les photos que tu as prises, tous les dessins que tu as faits
    2. Tu oublieras ton nom, ton passé, ton futur, ce que tu as écrit, ce que tu vas écrire
    3. Tu oublieras les rêves de ton enfance, les noms d’arbres que tu connais, pourquoi la terre se décompose, à quelle saison il pleut le plus
    4. Tu oublieras le chemin qui mène à la cabane en bois, les villages aux bords des eaux, les pages de cahiers qui se déchirent
    5. Tu oublieras les îles où tu voulais te rendre, les maisons que tu as détruites, la guitare cassée, les bûches que tu as empilées, les rêves que tu as imaginés, les oiseaux que tu as connus, la vie des fourmis, tous les visages que tu as aimés
    6. Tu oublieras les corps que tu as visités, les pays que tu as traversés, les mers où tu as nagé, les terres que tu as desséchées, les arbres que tu as plantés, les jardins que tu as arrosés, les visages d’enfants que tu as caressés, les chats que tu as griffés
    7. Tu oublieras les incendies que tu as éteints, les étangs qui ont débordé, les nuits blanches que tu as passées à danser, les matins où tu t’es réveillée en sueur gémissant le nom de ton bien-aimé
    8. Tu oublieras ce que je t’ai écrit, ce que je t’ai caché, les cadeaux que tu n’as pas reçus, ce que tu as donné, les jours où tu as couru sous les cris, les traces de poing sur le mur, ton corps broyé, la personne inconsciente étalée dans les toilettes
    9. Tu oublieras les héros de contes de fées qui brûlent au pays des glaces, les clowns, les dauphins, les écureuils qui s’échappent de tes mains, les écrits qui ont disparu sous les flammes
    10. Tu oublieras que ton enfance est un pays des rêves, que la jeunesse est piégée entre les murs, les moments où tu t’es envolée vers le ciel avec ta voiture, les chambres en blanc où tu t’es endormie

    Il n’y a qu’une seule chose que tu ne vas pas oublier. Et cela, je ne vais
    pas te le dire."

    [...]

     

    Latife Tekin

    dans Unutma bahçesi / Le jardin de l'oubli

    traduction de Canan Marasligil

    extrait de Meydan La Place, anthologie d'auteurs contemporains turcs

    ~> Meydan La Place sur Publie.net

    ~> Le site de Meydan La Place

     

     


    2 commentaires



  • Laurent Margantin offre chaque jour sur son site Oeuvres Ouvertes de courts récits de Kafka dans leur fulgurance, une façon d'approcher ce"Kafka, toujours inconnu"

    Je suis aussi sur twitter @kafkawelt pour ne rien manquer.

    Hier, j'échange avec Laurent à propos de Je n’éprouve ni rejet personnel ni même de peur à l’égard des serpents, car je ne comprends pas tout de suite qu'il est inachevé. Je parle de "m'offrir le luxe" d'enchaîner derrière les mots en suspend. Laurent évoque aussi les 30 variations sur Franz Kafka Si j'étais un indien recueillies sur Regard au Pluriel. Il dit "on devrait le faire sous forme collective, on aurait le mulot moins tremblant à plusieurs".

    Alors, peut-être qu'ici, je lance une sorte d'appel à textes ? Qu'est-ce qu'il deviendrait pour vous, le serpent dans la bouteille ?

    (ma tentative ci-dessous)

    -----------------------------------

     

     

    Je n’éprouve ni rejet personnel ni même de peur à l’égard des serpents. Ce n’est qu’avec le recul que la peur me saisit. Peut-être est-ce compréhensible dans la situation qui est la mienne. D’abord, alors qu’il n’y a aucun serpent dans toute la ville, excepté dans des collections ou des boutiques, ma chambre en est pleine. Cela a commencé un soir, quand je me suis assis à ma table pour écrire une lettre. Je n’ai pas d’encrier et me sers d’une bouteille d’encre. Et c’est juste au moment où je voulais y plonger ma plume que je vis la tête mince et plate d’un serpent se dresser hors du goulot. Son corps est logé dans la bouteille et disparaît dans l’encre fortement agitée. C’était très étrange, mais je cessai aussitôt de m’étonner à la pensée qu’il pouvait s’agir d’un serpent venimeux, ce qui était fort probable, car sa façon de darder sa langue était suspecte et une étoile tricolore menaçante


    lui couronnait le crâne.


    Cette façon qu’il a de bouger latéralement la tête avec de brefs et brutaux allers-retours m’incite à la compassion, la même que j’éprouve lorsqu’une mouche se débat, prisonnière d’un rideau, en ignorant qu’à quelques centimètres d'elle je tiens la fenêtre ouverte. Inlassablement, je la vois s’enfermer, un minuscule espoir à taille d’épingle, qui ne renonce pas malgré l’échec. Je n’ai aucune idée de ce que le serpent désire, si c’est une sortie qu’il cherche, ou s’il s'inquiète d'une présence ennemie. D’ordinaire, je reste immobile, tout à l’admiration des vagues que produit son corps mat.


    Un soir que je tentai quelques gestes des manches et du poignet pour observer ses réactions, il hésita avant de tournoyer, puis se mit pratiquement debout, sa queue invisible sous l’encre battant furieusement, des remous menaçant d’éclabousser ma table. Aussitôt je cessai l’expérience.


    J’écris maintenant avec une grande économie de mouvements, en surveillant du coin de l’œil le bord de la bouteille. C’est une situation étonnante d’être ainsi, sous sa vigilance, poussé à une maîtrise de soi extrême. Si sa posture m’enjoint à une rigueur épouvantable, il me semble que sa langue sifflante m’entraîne, elle, à la démesure, et que plus mes histoires divaguent dans l’obscurité, plus il s‘apaise.


    ------------------------


    Brigitte Célérier


     

    Cependant ma plume était sèche... J'hésitai un moment, puis, résigné et passant outre ma crainte, j'approchai à nouveau la plume de l'encrier, en me penchant sur ce dernier pour viser et ne pas effleurer le pauvre animal – je le désignai ainsi, intérieurement, pour le désarmer. La tête s'est déroulée hors du flacon à ce moment, et il m'a regardé et je le regardais. Nous sommes restés ainsi, figés et je me raidissais de défit, défit que je me fais gloire d'avoir gagné, car il s'est replié, cédant avant moi.

     

    Il est maintenant lové au fond, au creux de l'encre. Je pense sortir à la recherche d'un nouvel encrier. Il reste le problème de savoir que faire de celui-ci, même bouché. Je me fais scrupule de risquer sa sortie et sa rencontre avec une faible créature.


    -------------------

    Michel Brosseau


    s’étalait sur sa gorge.
    Je demeurai sans bouger, l’œil rivé sur ses ondulations. Je m’en veux encore de n’avoir rien su trouver de mieux que d’attendre. Attendre en me disant qu’il faudrait me souvenir de cette phrase à peine engagée et dès que possible... Comme s’il n’y avait alors rien de plus important à penser ! J’étais encore bien naïf à vrai dire. Je n’imaginais pas... Mais comment aurais-je pu?
    Je ne saurais trop dire combien de temps nous sommes restés ainsi face à face. Lui déroulant son corps hors de la bouteille, moi, immobile, ma plume désormais inutile à la main. C’est agir qu’il aurait fallu. Au pire essayer de le saisir : j’avoue qu’à ce moment me sont revenus en mémoire ces jeunes Mexicains qui faisaient profession de capturer des serpents pour quelque laboratoire pharmaceutique. Je les avais accompagnés lors de mon dernier séjour, les avais vu faire. Je me suis souvent reproché depuis de n’avoir rien tenté. Mais le mieux à coup sûr aurait été de m’éloigner de mon bureau, sans quitter ce serpent des yeux lentement reculer mon siège, me lever, franchir la porte... J’aurais sans doute trouvé quelqu’un capable de m’en débarrasser. Du moins étais-je encore en droit de le croire à ce moment-là. Et peut-être était-ce encore possible...
    Il finit cependant par rentrer dans la bouteille ce soir-là... Comme beaucoup d’autres fois par la suite.
    J’imagine aisément ce que vous pensez ! Que beaucoup de bruit pour rien... Qu’il aurait suffi de changer de bouteille, et le tour était joué. Vous pensez bien que j’ai essayé. En vain. J’eus beau reboucher prestement le flacon puis m’en séparer... prendre soin de le jeter dans le fleuve du haut d’un pont... Rien n’y fit ! J’eus l’illusion de la tranquillité pendant quelques jours puis il réapparut. C’est alors que je sus.
    Bien évidemment je gardai le silence, même vis à vis de mes proches. Qui aurait pu prendre au sérieux pareille fable ? Inutile d’ajouter à la présence du serpent je ne sais quelles allégations de démence. Nos contemporains ont si vite fait de vous juger... Parfois même de vous accabler...
    Le serpent devint durant cette période une sorte de compagnon par intermittence. Dire que je m’étais habitué à ses apparitions serait exagéré. Disons plutôt que j’avais appris à faire avec... Aussi mon étonnement ne fut-il que très relatif ce matin où, pendant ma toilette, je découvris à proximité de mon sein gauche, incorporé à ma chair désormais, à mon sang... Car à n’en pas douter c’était bien lui... cette étoile tricolore sur sa gorge... et cette façon qu’il avait de darder sa langue...

    --------------------

    Maryse Hache



    me regardait recouverte du liquide noir transparent

    depuis combien de temps n'avais-je pas écrit une lettre à la plume / depuis combien de temps n'avais-je pas sortie cette bouteille d'encre du tiroir / depuis combien de temps s'y était-il glissé /  depuis combien de temps n'avais-je pas vu ni même pensé à un serpent / 

    pendant qu'il bougeait un peu la tête peut-être une curiosité à satisfaire une salve de petites perceptions advint / il y avait eu disait-on dans une pièce secrète de la maison volets toujours clos une peau de boa  enroulée sur elle-même aux écailles gris argenté et noir / il est possible que d'une écaille au gré d'une chaleur inhabituelle soit née une réplique minuscule de ce boa disparu qu'il ait souhaité découvrir le monde et qu'habitué à la pénombre il ait cherché un lieu obscur où vivre / il avait chois l'encre noire /

     il continuait à bouger la tête et ne semblait pas vouloir sortir de l'encrier / je décidai de poser ma plume lentement (la lenteur me semblait opportune) et de tapoter coussinets sur écran lumière / je le vis cligner des yeux mais il resta à observer! / c'est ainsi que le passé dans l'encre noire sous l'apparence d'un serpent ondule dans l'écriture au présent



    ------------------

    Laurent Margantin



    apparut sur le papier, étoile dont les pointes se prolongèrent en fines lignes partant dans différentes directions et figurant bientôt tout un réseau de rails sur la grande place de la ville. Je vis alors ma main dessiner trois femmes – il n’y avait qu’elles sur la grande place déserte –, ma main les guider vers le marchepied du tramway, ma main les saluer alors qu’elles étaient emportées dans un long et pénible sifflement électrique, charmante équipée pour l’inconnu imaginée par le serpent d’encre devenu ma main.



    ----------------------

    Christophe Sanchez



    ...me moquait le nez.

    Pétrifié, je n’eus pourtant aucun geste d’affolement, comme si cet animal incongru sorti de mon encrier devait, malgré le danger, me devenir très vite familier. Venimeux pour les autres mais pas pour moi, je le sentis dés ses premiers sifflements stridents pareils à ma plume grattant le papier. Après tout, tous deux dans l’obscurité formions un couple de siffleurs et me dégageant d’une peur qui ne venait pas, je m’accommodai de sa présence tout en me surprenant de l’angoisse que moi-même je lui procurai.

    Angoisse contre angoisse, les serpents sont désormais autour de moi et nous écrivons tous les soirs à ma table d’un encre crotale, froide et venimeuse.







    votre commentaire
  •  

     

    dans la ville | claude ber


    Dans la ville. Dedans, dehors. Je n’en sais pas davantage sur moi-même que la rue sur l’éventration de ses trottoirs. Ces deux demi sphères de l’interne et de l’externe accouplées par les habitudes sont pareillement exposées à l’incertain. L’oubli. L’encombrement. A la divagation inévitable de l’exactitude. Dans le câblage du dessus dessous. L’électrique des ondes et des réseaux. Il est possible que j’imagine seulement. Comme les motifs d’un tissu sans sa coupe. Dans un rêve citadin. Un pli de métamorphose urbaine. Des pensées analogues traversent d’autres filets de dendrites. Nous liant de la même manière que les pas pressés vers le métro. La bousculade au portillon, la course dans les couloirs des stations, la pause fatiguée sur l’escalator. Toutes choses répétitives d’en dessous. Au dessus la couleur changeante de la pluie. Le ciel décidé parce qu’il fracasse de sa hauteur brusque l’indécision. Et la nécessité de devenir au milieu des détails. Un plan de la ville s’y dessine, divorcé de sa durée. Sommairement-:-c’est plus bref qu’elle.


    red & blue, 2010 | matthew cusick

    extraits de la revue D'Ici là numéro 8


    villes passantes | cécile portier


    Je suis toujours à la place du mort, la place à côté. Mais je regarde devant moi. Ainsi je crois avancer, presque conduire. Je suis à la place du mort, mais pas tout à fait. Car à côté de moi, au bout de mon bras, j’installe un passager supplémentaire, à peine un passager, une instance, en tout cas, qui puisse prendre ma place du mort par délégation. J’installe à côté de moi, au bout de mon bras, un regard à déclenchement automatique, qui ne regarde pas comme moi la rue qu’on avale, mais la bande passante des murs et des devantures qui défile, défile, défile. Tête droite, à l’aveugle, je déclenche mon regard latéral. Mon regard mort. Ce qu’il a vu : l’envol des néons, l’évanouissement des formes, l’abstraction de nos vies. Ce qu’il a vu aussi : sous la ville évanouie, quelques silhouettes figées dans la lumière avide. Il a vu dans la nuit des signes persistants, des signes insistants, des signes inquiétants. Prêts, déjà, à servir notre propre archéologie. Il a vu la bouche d’ombre, celle que, par la vitesse, j’évite.



    Le huitième numéro de la revue d'ici là est consacré à la ville : la description et la liste des auteurs se trouve ICI.

    extraits de la revue D'Ici là numéro 8

     



    1 commentaire
  •  

     «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.

     

     

     

    Christine Zottele tient un blog, etsansciel, mais pas que, écrit mais pas que, lit mais pas que, partage mais pas que, et c'est sans compter le reste.

    Pour ces vases communicants de janvier, nous avons joué avec les cut-up, chacune prenant en point de départ les textes de l'autre, puis s'infiltrant à l'intérieur.

    De cette suite de cut-up, nous avons gardé le premier pour qu'il devienne tremplin à un texte plus long. Ensuite, et à la suite, 10 cut-up s'enchaînent avec les photos retravaillées qui les accompagnent.

    (c'est un peu compliqué peut-être à expliquer, mais ça donne comme résultat du partage du ping-pong et des échos, l'essence même - l'etsansciel même- de ce qui se passe pendant un vase-communicant, et je remercie Christine - quel magnifique prénom au fait - de cette expérience tellement riche, sensibilité et ouverture, mais pas que)

     

     

     

     

     

    Parfois, En attendant, barrières. Barrer le passage pour mieux relier, dit-elle.

    En attendant,  Patientez, patientez, pour la musique du générique

    La vérité d'un pont. code couleur: bleu Et dans les têtes.

    Quant à ceux qui ne savent pas lire, il fait jour

    Bienvenue tous les visages hagards, dit-elle.

    (cut-up de cjeanney d'après la ville parle)


    Parfois l’attente. Pour rien, l’attente. Ce/celui / celle qu’on attendait ne vient tout  simplement pas, et cette inaction crée barrières. Si c’est le/la garde-barrières, c’est encore pire. En l’occurrence, c’est la dernière garde-barrières de toute la contrée.

    Le passage à niveau de ce lieu improbable, permet aux automobilistes de relier la réalité à la réalité. Barrer le passage pour mieux relier, dit-elle. Elle dit toujours En attendant, Patientez, patientez. Qu’est-ce que je fais moi, sinon, attendre ? Attendre le passage du train, que conduit mon amoureux sur les rails, le passage du grand film d’amour sur l’écran. Tiens, ils repassent Jean Gabin, « La Bête Humaine ».  Elle s’endort. Le rêve de 00h37 vient de passer à très grande vitesse. Comme un roulement de tambour et des cymbales de cuivre dans la nuit.  Pour la musique du générique, on attend le pianiste.

    Mon travail n’est pas fini, le bras droit me cuit à force de tourner la manivelle. Il a la grosseur de mes mollets de jeune fille, continue-t-elle. Elle se parle tout le temps. Quand elle lève la barrière (elle a besoin de ses deux bras), les automobilistes - il y en a encore pour la saluer - l’entendent parler mais ne comprennent pas le sens des mots. La vérité d’un pont : lequel ? laquelle ? Il y en a tant. Le pont enjambe l’obstacle, il ne le traverse pas. Il y a des ponts suspendus et des ponts à pattes. Il y a des ponts conquérants et romains, viaducs à particule, des ponts transbordeurs, des ponts basculants, des ponts-levis, des ponts-levants, laissant passer caravelles ou chevaliers. Autant de ponts, autant de vérités. Même pour un pont, plusieurs vérités : le pont levant, tiens, il faut veiller au code couleur. Bleu, l’automobiliste passe sur l’autre rive. Rouge, il attend que la caravelle passe tandis que le chien aboie. Mais c’est une autre histoire que n’a pas racontée Apollinaire, sous le pont de nos bras passe la Seine, faut-il qu’il m’en souvienne…  Tout passe, se passe dans la tête de notre garde-barrière. Et dans les têtes des poètes, qui lèvent aussi des barrières, à tour de bras. La nuit surtout. La nuit permet aux ombres d’avancer, de parler moins fort aussi.

    Elle attend maintenant le dernier omnibus. Après elle sera tranquille jusqu’au Paris-Brest et au café de 5h12. Elle pourra reposer sa peine. Retrancher un peu de la nuit au jour. Elle ne dort plus depuis longtemps, depuis la nuit du suicidé exactement. Elle n’a pas entendu le cri qu’il n’a pas poussé. Depuis cette nuit, elle lit leurs livres, leurs lettres aux grands suicidés : Van Gogh, Nerval et Virginia Woolf bien sûr… Lisant, dormant, rêvant, passant du rêve à l’éveil, de l’éveil au rêve, sa véritable vie se joue là, dans le passage-là, sans code couleur. Quant à ceux qui ne savent pas lire, il fait jour. Bienvenue tous les visages hagards, dit-elle.



    christine zottele dans les vases communicants de janvier

     

    Faite d’écailles, Collée au fond du magma

    Une forme étrangère Lâche sa barricade

    Par la tête, on me disait

    Par la tête

    Un peu plus ressemblante


    D’après « Bassine »

     

     

    christine zottele dans les vases communicants de janvier


    Je saccage ménagère: épluchures

    Araignée des plafonds

    Neige tombée au puits

    Édredons d'or crapauds

    Dépareillés mes yeux

    Tombent

    Baudruche vide vengée

     

    D’après « Je ne suis pas bonne ménagère »


     

    christine zottele dans les vases communicants de janvier





      Hublot plia genoux

      S’introduire sans suffoquer

      Algues dépliées / battre tambour 

      bercée ensuite 

      étirer lignes de flottaison

     

     

     D’après Fichaises 12/71 « Cycle doux »





     

    christine zottele dans les vases communicants de janvier



    Poignets très blancs

     gorge rouge / cou cônes

     plumet immobile / ceinture

    boissons gazeuses / pipi négligeable 

    boîte aux lettres

    de marbre il était

     

    D’après Fichaises 13/71 « Costume »






    christine zottele dans les vases communicants de janvier




    Elle a débarrassé

    une pyramide

    Elle n’a pas dit la porte dérobée

    Revenue à temps, elle a dit

    Prévoir sable et scorpions

     

    D’après Fichaises 14/74 « Trajet »






    christine zottele dans les vases communicants de janvier





    Le principal nageait dans la ouate

    –  très peu de temps, très rarement -

    se souvenait de démesure glaçante en va-et-vient

    revenait en propre pluie

     il s’appliquait derrière son bocal.

     

     

    D'après Fichaises 25/71 « Bulle » 

     







    D’après Fichaises 26/71 « Muette »

     

    Latéralement             au  hasard                  à fruits fossiles

    Noyaux noirs             gouttes carbonisées

    Sa langue se rassemble, touche un acte manqué

    Regrette

    Bascule plus bas


    christine zottele dans les vases communicants de janvier


    christine zottele dans les vases communicants de janvier

     




     J’écris              cette machine bizarre

     

     Quand tu respires      tu t’éloignes

     

     J’écris à hauteur de

     

     Je l’installe

     

     Elles vagissent            j’écris              Tu l’entends

     

     

     

    D’après « Elles »

     

     

     

     

     

    Cette ombre est-elle à travers moi ?

     

    Pas métaphore mais rat libre

     

    Elle insiste nuit de déplacements

     

    Fuir faire attendre espérer traverser atteindre

     

    Nous nous retournions la pourchassions

     

     

    D’après « Journal du rat » 15/05/ 2011

    christine zottele dans les vases communicants de janvier

     

     

    Au nord de Yokohama

    Vois rues ailleurs autre part

    La mer claque ses tongs pour le plaisir

    Maintenant l’air salé

    Là où je me trouve

     

    D’après « un lieu un souvenir » in « Déplacements » 12/O9/010

     

    christine zottele dans les vases communicants de janvier


     

    textes et photos de Christine Zottele

     

    qui prend ma place comme je prends la sienne ce jour


    La liste des autres vases communicants de janvier est disponible ICI, grâce à Brigitte Célérier, la généreuse, merci à elle.




    3 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique