• christine zottele dans les vases communicants de janvier

     

     «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre-? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.

     

     

     

    Christine Zottele tient un blog, etsansciel, mais pas que, écrit mais pas que, lit mais pas que, partage mais pas que, et c'est sans compter le reste.

    Pour ces vases communicants de janvier, nous avons joué avec les cut-up, chacune prenant en point de départ les textes de l'autre, puis s'infiltrant à l'intérieur.

    De cette suite de cut-up, nous avons gardé le premier pour qu'il devienne tremplin à un texte plus long. Ensuite, et à la suite, 10 cut-up s'enchaînent avec les photos retravaillées qui les accompagnent.

    (c'est un peu compliqué peut-être à expliquer, mais ça donne comme résultat du partage du ping-pong et des échos, l'essence même - l'etsansciel même- de ce qui se passe pendant un vase-communicant, et je remercie Christine - quel magnifique prénom au fait - de cette expérience tellement riche, sensibilité et ouverture, mais pas que)

     

     

     

     

     

    Parfois, En attendant, barrières. Barrer le passage pour mieux relier, dit-elle.

    En attendant,  Patientez, patientez, pour la musique du générique

    La vérité d'un pont. code couleur: bleu Et dans les têtes.

    Quant à ceux qui ne savent pas lire, il fait jour

    Bienvenue tous les visages hagards, dit-elle.

    (cut-up de cjeanney d'après la ville parle)


    Parfois l’attente. Pour rien, l’attente. Ce/celui / celle qu’on attendait ne vient tout  simplement pas, et cette inaction crée barrières. Si c’est le/la garde-barrières, c’est encore pire. En l’occurrence, c’est la dernière garde-barrières de toute la contrée.

    Le passage à niveau de ce lieu improbable, permet aux automobilistes de relier la réalité à la réalité. Barrer le passage pour mieux relier, dit-elle. Elle dit toujours En attendant, Patientez, patientez. Qu’est-ce que je fais moi, sinon, attendre ? Attendre le passage du train, que conduit mon amoureux sur les rails, le passage du grand film d’amour sur l’écran. Tiens, ils repassent Jean Gabin, « La Bête Humaine ».  Elle s’endort. Le rêve de 00h37 vient de passer à très grande vitesse. Comme un roulement de tambour et des cymbales de cuivre dans la nuit.  Pour la musique du générique, on attend le pianiste.

    Mon travail n’est pas fini, le bras droit me cuit à force de tourner la manivelle. Il a la grosseur de mes mollets de jeune fille, continue-t-elle. Elle se parle tout le temps. Quand elle lève la barrière (elle a besoin de ses deux bras), les automobilistes - il y en a encore pour la saluer - l’entendent parler mais ne comprennent pas le sens des mots. La vérité d’un pont : lequel ? laquelle ? Il y en a tant. Le pont enjambe l’obstacle, il ne le traverse pas. Il y a des ponts suspendus et des ponts à pattes. Il y a des ponts conquérants et romains, viaducs à particule, des ponts transbordeurs, des ponts basculants, des ponts-levis, des ponts-levants, laissant passer caravelles ou chevaliers. Autant de ponts, autant de vérités. Même pour un pont, plusieurs vérités : le pont levant, tiens, il faut veiller au code couleur. Bleu, l’automobiliste passe sur l’autre rive. Rouge, il attend que la caravelle passe tandis que le chien aboie. Mais c’est une autre histoire que n’a pas racontée Apollinaire, sous le pont de nos bras passe la Seine, faut-il qu’il m’en souvienne…  Tout passe, se passe dans la tête de notre garde-barrière. Et dans les têtes des poètes, qui lèvent aussi des barrières, à tour de bras. La nuit surtout. La nuit permet aux ombres d’avancer, de parler moins fort aussi.

    Elle attend maintenant le dernier omnibus. Après elle sera tranquille jusqu’au Paris-Brest et au café de 5h12. Elle pourra reposer sa peine. Retrancher un peu de la nuit au jour. Elle ne dort plus depuis longtemps, depuis la nuit du suicidé exactement. Elle n’a pas entendu le cri qu’il n’a pas poussé. Depuis cette nuit, elle lit leurs livres, leurs lettres aux grands suicidés : Van Gogh, Nerval et Virginia Woolf bien sûr… Lisant, dormant, rêvant, passant du rêve à l’éveil, de l’éveil au rêve, sa véritable vie se joue là, dans le passage-là, sans code couleur. Quant à ceux qui ne savent pas lire, il fait jour. Bienvenue tous les visages hagards, dit-elle.



    christine zottele dans les vases communicants de janvier

     

    Faite d’écailles, Collée au fond du magma

    Une forme étrangère Lâche sa barricade

    Par la tête, on me disait

    Par la tête

    Un peu plus ressemblante


    D’après « Bassine »

     

     

    christine zottele dans les vases communicants de janvier


    Je saccage ménagère: épluchures

    Araignée des plafonds

    Neige tombée au puits

    Édredons d'or crapauds

    Dépareillés mes yeux

    Tombent

    Baudruche vide vengée

     

    D’après « Je ne suis pas bonne ménagère »


     

    christine zottele dans les vases communicants de janvier





      Hublot plia genoux

      S’introduire sans suffoquer

      Algues dépliées / battre tambour 

      bercée ensuite 

      étirer lignes de flottaison

     

     

     D’après Fichaises 12/71 « Cycle doux »





     

    christine zottele dans les vases communicants de janvier



    Poignets très blancs

     gorge rouge / cou cônes

     plumet immobile / ceinture

    boissons gazeuses / pipi négligeable 

    boîte aux lettres

    de marbre il était

     

    D’après Fichaises 13/71 « Costume »






    christine zottele dans les vases communicants de janvier




    Elle a débarrassé

    une pyramide

    Elle n’a pas dit la porte dérobée

    Revenue à temps, elle a dit

    Prévoir sable et scorpions

     

    D’après Fichaises 14/74 « Trajet »






    christine zottele dans les vases communicants de janvier





    Le principal nageait dans la ouate

    –  très peu de temps, très rarement -

    se souvenait de démesure glaçante en va-et-vient

    revenait en propre pluie

     il s’appliquait derrière son bocal.

     

     

    D'après Fichaises 25/71 « Bulle » 

     







    D’après Fichaises 26/71 « Muette »

     

    Latéralement             au  hasard                  à fruits fossiles

    Noyaux noirs             gouttes carbonisées

    Sa langue se rassemble, touche un acte manqué

    Regrette

    Bascule plus bas


    christine zottele dans les vases communicants de janvier


    christine zottele dans les vases communicants de janvier

     




     J’écris              cette machine bizarre

     

     Quand tu respires      tu t’éloignes

     

     J’écris à hauteur de

     

     Je l’installe

     

     Elles vagissent            j’écris              Tu l’entends

     

     

     

    D’après « Elles »

     

     

     

     

     

    Cette ombre est-elle à travers moi ?

     

    Pas métaphore mais rat libre

     

    Elle insiste nuit de déplacements

     

    Fuir faire attendre espérer traverser atteindre

     

    Nous nous retournions la pourchassions

     

     

    D’après « Journal du rat » 15/05/ 2011

    christine zottele dans les vases communicants de janvier

     

     

    Au nord de Yokohama

    Vois rues ailleurs autre part

    La mer claque ses tongs pour le plaisir

    Maintenant l’air salé

    Là où je me trouve

     

    D’après « un lieu un souvenir » in « Déplacements » 12/O9/010

     

    christine zottele dans les vases communicants de janvier


     

    textes et photos de Christine Zottele

     

    qui prend ma place comme je prends la sienne ce jour


    La liste des autres vases communicants de janvier est disponible ICI, grâce à Brigitte Célérier, la généreuse, merci à elle.



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  • Commentaires

    1
    Vendredi 6 Janvier à 00:15

    étrange émotion à me lire ici, ou plutôt te lire, car ce sont tes mots, si beaux, si justes, réagencés... Merci Christine, pour ce très beau vase, intense jubilation depuis le début de l'aventure...

    2
    Vendredi 6 Janvier à 12:00

     

    Etrange que vous citiez Apollinaire - au milieu de vos belles "installations" avec pans coupés - car on peut l'entendre lui-même dans mon texte ici.

    3
    Vendredi 6 Janvier à 18:11
    Pierre R. Chantelois

    Les villes devraient-elles éviter de bâtir des ponts... afin que nulle tentation ne soit donnée à quiconque de les enjamber pour rejoindre la cohorte des chiffres et des lettres marquant la fin des grands suicidés?

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