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"cordonnier qui part à la chasse casse sa cruche mal chaussée ?"
Par cjeanney dans -À L'INTIME- le 30 Juin 2012 à 14:32(texte un peu introspec-todo-tif, mais j'ai le droit dans la catégorie "à l'intime")
Demain, c’est la mise en ligne de la dernière Todoliste. Peut-être le moment pour moi de prendre deux secondes de réflexion sur ce qui se passe avec les projets quotidiens, pourquoi ils commencent ou finissent, enfin, les rouages là en action, dans un constat a posteriori.
Continuellement (ou presque) j'ai un projet à long terme, au long cours, mené un peu à l’aveuglette et qui monopolise pensées/journées sans pour autant instaurer de rendez-vous régulier d’écriture. Ces projets-là ont besoin de peu de lumière, en tout cas en début de germination, pour que la croissance se fasse correctement.
Ils s’appellent Signes cliniques, Ligne 1044 ou Lotus seven par exemple. C’est chaotique, deux jours entiers consacrés à eux puis plus rien pendant une semaine, ou l’inverse. Impossible de leur faire confiance pour se structurer, c’est eux qui décident du rythme, je peux juste lever la main et dire « présente ! » en bonne élève, quand ils sont disponibles. L'unique (et étrange) certitude est ma capacité à les mener à terme, c'est comme ça.
Et en même temps, continuellement (ou presque) le besoin d’ouvrir les fenêtres : que le blog tentatives soit atelier « Entrée-libre » avec ma présence journalière, comme ces cordonniers qui tenaient une échoppe sur la rue et coinçaient la porte avec une chaise chaque matin - je sais que la comparaison est un peu facile/risible/et même réactionnaire avec son côté petits-métiers-oubliés, mais mon grand-père était calzolaio (je crois qu’on dit comme ça) et réparait le scarpe (ça je sais), sans doute à cause de lui que je visualise l'idée et son matériel étalé sur l’établi.
Alors, choisir un projet régulier, quotidien, qui ne vienne pas manger dans la pâture de l’autre (le projet dans l’ombre), et dans cet équilibre, tenter de trouver la bonne balance. Tenter les Fichaises, Le Journal du rat, les Todolistes, avec une impression de légèreté, comme si le cordonnier, pour user la métaphore jusqu’au bout de la semelle, se fabriquait sur son temps libre des chaussures hawaïennes à embouchures, avec éoliennes sur le dessus et des lacets-python rétractables à l’arrière.
N’étant pas très calée en équilibrisme, arrive immanquablement un jour où le projet quotidien devient grand carnivore des plaines, mange tout mon temps, tout ce que j’ai, et le projet (de l’ombre) se squelettise, râle, s’exaspère, ça se distend, c’est inconfortable, je ne trouve plus la poignée pour le transport, bref, il est temps d'arrêter, de remette un peu d’ordre au fourbi.
N’empêche que, si je sais à peu près ce qui se passe avec mes projets (de l’ombre), c'est très différents avec les projets quotidiens, comme les Todolistes justement, parce que la tension et l’intention sont différentes.
Comme des gens entrent dans la cordonnerie, c'est un travail plus dans l’écho, le rebond, la vue sur la rue et l’animation ambiante, le passage du monde et la réaction. L'humeur du jour aussi prend de la place et déborde, sans que ce soit réellement décidé, je m'autorise à être sombre, contrariée, joyeuse, intriguée, fatiguée, enfin, comme le calzolaio au jour le jour je suppose (l'accent italien en moins).
Et dans cette non-pression, l'écrit renvoie un drôle de miroir, mais après coup. Il révèle les habitudes, ce que je vois en premier, l’importance des mains, des yeux, des doigts, des bruits dans les textes produits, mes petites idées fixes, mes incontournables problèmes, ou les expressions qui reviennent sans cesse naturellement et contre lesquelles je dois lutter pour que ma paire de chaussures soit différente de celle de la veille. J'apprends beaucoup.
En ce moment, un nouveau projet (de l'ombre) s'est décidé, a déclaré les Todolistes trop gourmandes. Et puis, un tour complet à 365 jours, ça va devenir difficile de m'empêcher de repriser le même trou dans le même godillot.
Alors, trouver un autre projet quotidien léger en béquille du projet (de l'ombre), qu'ils puissent marcher tous les deux en accord. Et peut-être que ce constat-bilan fait a posteriori se modifiera et que je vais apprendre encore ?
(je cherche une chute avec "cordonnier" pour conclure, comme Cordonnier n'amasse pas mousse par exemple mais mieux, c'est difficile)
Tags : projet, quotidien, cordonnier, jour, temps
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Commentaires
Pareil pour moi... je m'attends à une belle surprise qui va sortir de l'atelier de la cordonnière... et comme pour les todolistes, on viendra sur le pas de la porte pour en discuter à n'en plus finir.
Le Journal du Rat, puis les Todolistes ont été des fanals (des fanaux ?) qui éclairaient les matinées encore mal réveillées, mal engagées, mal conformées. Le beau texte de CJ qui précède nous éclaire sur leur rôle, leur nécessité mais aussi la priorité des ombres. Respect total, comme ils disent...
merci de partager ton atelier de fabrique d'écriture cordonnière au jour le jour riche de tes questionnements de ton organisation de l'écriture du jour et de celle des ombres / comment tout ça fermente et vit / ça fait écho à nos / à mes travaux à ciel ouvert ou ciel couvert / à nos écritures à vue dans le grand filet d'internet / à vos <calzature> belles cordonnières dont certains sont des cordonniers !
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égoïstement aime les projets au long cour chaque fois que j'en ai connaissance, mais aussi démarer ma journée avec votre belle quotidienneté (va m'aider à décrocher, quoique il va falloir guetter, je ne voudrais pas manquer le début de l'encore mystérieux)