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-DÉPLACEMENTS-

à cause du mouvement du point a au point b qui dit qu’on n’est jamais fini, que ce soit en pensées ou dans le travail effectué, quelque chose d’autre peut venir nourrir ou transformer le point a, l’orienter vers un autre point b qui n’existait pas avant, et écrire c'est se déplacer, un peu
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Par cjeanney dans -DÉPLACEMENTS- le 4 Août 2012 à 14:47
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Recherches associées à ronchamp - le corbusier ronchamp - hotel ronchamp - ronchamp carte - clarisses ronchamp - chapelle ronchamp - mairie de ronchamp 70 - maison ronchamp - ronchamp renzo piano
Sa devise est : Panta Rhei.
Traduction : tout coule, tout évolue.
R se trouve à cheval sur trois cours d'eau : Le Rahin, Le Rhien, Le Beuveroux, je garde le Rhien en mémoire que j’avais confondu avec l’autre, et le son proche de « rien » me travaille, l’eau ici dévale les pentes ou se creuse en travers, ne suit pas de vallées confortables, perd ses gouttes larges en lacs ou se déplace pointillés du côté de ces Mille étangs - qui ne sont pas mille, les choses mentent, se travestissent, se prétendent, cachent des ressources souterraines, tout ce que je ne peux mesurer avec angles et degrés précisément, je ne peux plus faire l’économie du voyage, maintenant, tout coule, tout évolue.
Vues en allant vers Puits Sainte-Marie
Le ciel en rival de la Terre, je lève les yeux et c’est relief, montagnes de nuages, fleuves de nuages, villes de nuages, comme si venait de naître son existence solide, dénuée de lien avec le sol, extravertie. Un ciel miroir, affranchi de sa fonction reflet, s’inventerait lui-même ses propres constructions, autonome, un continent bonus qu’on espèrerait un jour rejoindre pour inverser la donne (walking on the moon à la radio mais je pense walking on the sky à la pancarte R 9 km).
Devant moi sur la route un clocher pointu fin, noir, sa forme en lame de couteau, et de grosses bâtisses, enclumes lourdes, un paysage outil. De la fonction de ferme leur reste une ouverture en demi-cercle, utile au passage des charrettes au passé mais au présent fermée, vitrée ou condamnée, et un salon attend derrière le mur. Elles sont nombreuses ici, les anciennes fermes, se font face, face à face, réhabilitées remaniées vérandarisées replafonnées recimentées rénovées vendues et revendues près d’un verger pruniers pommiers où joueront les petits-enfants en vacances.
Un hangar, un reste d’usine, des volets de guingois, une maison, panneau de bois À VENDRE qui semble vissé-là depuis des lustres, ils habitent loin maintenant ou attendent de partir, s’extraire de R. Une barrière fraîchement repeinte enclot une ruine, une perdition gardée. Clairegoutte, nouvelles aires disponibles, fritures de carpe tous les soirs, limite à 70 km/h, je roule.
Après La Côte, lieu-dit Sous-le-bois où de petites fleurs blanches s’élargissent en plaques flottantes horizontales, pistes d’atterrissage pour insectes disait quelqu’un. Des géraniums rouges très rouges en bordure nette d’un balcon, le traditionnel du bois sombre et son apprêt factice. Je trace, toujours tout droit vers R et c’est facile.
Une grande prairie d’un côté et la forêt de l’autre, des herbes jaunes et hautes, pas d’animaux qui viendraient paître, c’est peut-être marécageux. Des murs, un restaurant, plat du jour 7 euros, des meules rondes roulées déroulées hasardeuses, boules de billard géantes à blondeur immobile, pendant qu’en face un tracteur au travail, sérieux, retourne de la terre, détruite puis réassemblée derrière lui à la traîne, mouvements contraires ou symétrie.
Panneau Parc Naturel Régional du Ballon des Vosges, sombre virage à l’intérieur de la forêt et les fleurs blanches discrètes, c’est un triangle jaune attention éboulement, virage dangereux en pente, les voitures vont, rapides ici, ce n’est pas un endroit où l’on s’arrête.
Un restaurant et sa pancarte OUVERT, personne, une suite d’écriteaux dispersés, balade à cheval Écuries des ballastières, Champagney, Bienvenue dans la communauté de commune Rahin et Chérimont, restaurant le Rahin, Recologne, R bar La Sangria, Jardival, commune de R, plat du jour 7 euros cinquante, 70 rappel, contact à 3 minutes, contact à 3 minutes, terrasse parasols, Le Cook, pizzeria entièrement vide.
Vu le clocher de R plus épais et plus noir que son frère, quatre petites tourelles aux angles. Un carrefour avec wagonnet de mineur empli de géraniums (rouges) et une maison couverte noyée de lierre, balcons de fer rouillé, balustrades filiformes, je tourne à gauche en direction du puits de mine.
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Par cjeanney dans -DÉPLACEMENTS- le 29 Juillet 2012 à 16:37
Rues, noms de
Rue Le Corbusier, rue du marché, rue du tram, rue de Belfort, rue Jean-Jaurès, rue de la Libération, rue de Pologne, rue Victor-Hugo, rue de la Centrale, rue des Mineurs, rue du stade, rue de la Chapelle, rue d’amont, rue de l’Industrie, allée du canal, rues communes, rues particulières, rues délaissées, rues vives et rue du Plain, plaine ou plein qu’elles recouvrent, les rues de R, en vue d’avion une araignée gracile qui tremperait l’une de ses pattes dans l’eau en direction de Champagney, ses ballastières (maintenant un camping où l’on danse le soir, et des Chevrolet en juillet y défilent, des Chevrolet Bel air, Chevrolet Impala, loin de chez elles - Détroit, Michigan -, à cent kilomètres de La Chaux-de-Fonds ou naquit Louis le fondateur, et où est né Charles-Édouard Jeanneret-Gris aussi appelé Le Corbusier, ainsi les choses s’organisent, d’elles-mêmes, entre elles, très discrètement).
Google Maps, requête Ronchamp
Si je décide de voir R comme une tête d’araignée et que les rues de R deviennent les lignes de sa toile, que je coupe le cercle tissé obtenu en deux moitiés égales : au sud c’est traversé de recoupements et de tendons, au nord la place est libre et préservée pour la Chapelle.
R est asymétrique. Un corps adossé qui fixe la ligne de l’A36 entre Montbéliard et Baume-les-Dames, les doigts enfoncés dans la terre meuble, les pieds sur des restes de houille, pendant qu’une marque blanche lui étincelle le centre de la nuque.
La carte du relief de R est une feuille d’arbre et ses nervures la tordent, chiffonné d’automne arrêté.
Vu du ciel et par satellite, c’est un patchwork aléatoire de verts foncés et clairs avec des tranchées blanches qui le couturent, et des tresses de kystes, les maisons se rattrapent entre elles et s’alignent, de peur de se perdre en forêt - j'ai la même inquiétude - petits poucets.
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Par cjeanney dans -DÉPLACEMENTS- le 15 Juillet 2012 à 11:29
périphérie
Traverser, tourner vers La Houillère, cherchant les ‘vestiges’, le ‘château’, tous deux indiqués sur panneau mais ne trouver que le tracé d’une boucle et se poser à son sommet dans les graviers, à l’entrée du sentier de randonnée de la Ronchotte. Sa marque au sol est une règle de bois soudée en terre.
S’être garée dans un triangle de pierres concassées, être dévisagée par qui le longe, une autre voiture, la seule perdue dans cet endroit et qui s’en sauve.
Les pointes des fougères se recourbent, naissantes, sous la pluie d’un juillet d’automne. Pas de clarté, la lumière constate, n’élucide pas. Constat de toboggan d’enfant au milieu d’herbes hautes, elles recouvrent son escalier ; constat de palissades fatigue, un chenil, béton à ouvertures où des chiens pâles se serrent et se raclent la gorge ; caravane scellée, mangée de végétal, ensevelie sous moisi ; publicités tombées par la force d’usure, la destruction se fait petit mini, une avancée d’animal lent et aux aguets, ventre collé au sol, progression minutieuse sur un chemin où les boîtes aux lettres se griment, vert sombre, fer forgé, arabesques ébarbées sur pied de réverbère, maisonnettes, papillons céramiques, rose bonbon, fausse peinture réparatrice.
Le bois, du bois, route du bois, du sous bois, lieu dit du Sous le bois, arbres à l’horizontale déchue, humidité prégnante et la mousse déposée, couverture insidieuse qui viendrait bâillonner, convaincre. Billes de bois, entassements de bûchettes, parfois couvertes de bâches luisantes et de chaque côté deux bûches tréteaux pour construire.
Un mont rouge, une sorte de lave morte bombée, et ce doit être à cause de lui le tout petit tunnel, une cavité étroite où l’on espère ne pas croiser de véhicule, pendant quelques secondes on allume les phares, attentif, et une fois sorti se retrouver devant l’antiquité bourrée de géraniums, un wagonnet à la fonte clinquante, trop noire, trop propre, désinfectée de son usage.
Les volets sont baissés quand je passe. Plus loin, vers La Côte ou vers Roye, une femme en rouge, parapluie rouge, marche.
Plus loin sur le toit du garage déserté, une voiture bleue, numéro 4, américaine, sans doute vidée de son contenu mais sans doute pleine de ce que les animaux mettent à l’abri.
Plus loin, une « réserve naturelle de chasse ». Un chat blanc traverse la route, par à-coups, décide d’une direction et en une seconde se ravise, il vaudrait mieux ne pas prévoir ici, il est un laps de temps tentaculaire qui attrape les murs et les fige, pilastres sous fleurs jaunes et promotions annoncées obsolètes.
Retrouver le clocher de l’église, le voir de loin, se rassurer, c'est la ’bonne route’, mais s’étonner quand même de cette pointe noire, église fine du Nord, pourrait être d’Hazebrouck (c’est comme ce chevalet qu’on a longé sans s’approcher vraiment, surgirait de Lievin, de Lens, de Germinal).
Plus loin, dans un virage, un panneau 'éboulements' le long d’une pente. La route glisse, si l’on n’y prend pas garde on tombe dans le courant du Rahin - Rihen ? Rien ? La périphérie m’a déplacée ailleurs.
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Par cjeanney dans -DÉPLACEMENTS- le 21 Juin 2012 à 19:16
C'était donc un samedi 16 juin au Centre Cerise, la Nuit Remue.net, et pour l'occasion, Maryse Hache et moi avions préparé un texte rebond/ping-pong que nous avons lu sous des yeux et des oreilles amis. Grand, très grand merci à elles, à eux, et à tous les participants et grands remueurs de Remue.net (et gratitude envers Sébastien Rongier et sa si merveilleuse invitation).
Ci-dessous ce texte avec nos deux voix alternées :
photo faite par Dominique Hasselmann
et d'autres visibles sur ~> son site
rataboumboum la suite a six minutes
cjeanney
Qui je suis
(d'abord en admettant qu'on mette de côté le palpable le concret, petites cellules implicites qui font leur travail d'ouvrières, ouvrières qualifiés, et vas-y que je te pompe, les clapets à ouvrir, les œufs mollets à digérer, éternuer pour éradiquer la poussière, enfin, ce qu'elles savent faire en pleine autonomie et réussissent souvent (ou la plupart du temps) (ou presque) (ou pratiquement), et moi, ingrate d'en parler seulement lorsqu'elles foirent, ah le joli remerciement, mais je suis bien punie, allez, car elles se vengent, et pèsent sur qui je suis quand je le suis)
Qui-je-suis
(si de côté maintenant c'est admis je pose le sac du corps avec ses fermetures éclairs zippées ou dézippées plus ou moins efficaces)
Quijesuis
celle qui se sort du sac le-je
et qui part à cheval de-je
sur le dos d'un rebond
(rebond : on s'arrête un instant sur sa définition, rebond
c'est un mot que tu m'as appris. Au je (J E) du Quijesuis, on place le mot rebond au centre, centre-soleil, on suit ses bras brillants, saillants, bras légitimes, qu'on trace en traits cheveux de feutre jaune, rayons, rayonnements, sautillements et éclatures dorées, éclaboussures aussi, reçues, pleines poignées, on veille bien à leur place vacante, attentif on se penche, ils z'ont l'air du bien être, ils z'ont l'air du malaise, ils z'ont gémissements, claquement de portes, grelottements, se réchauffent, se marrent, enfin, beaucoup de choses ils z'ont, ils font ces bras, en attendant le son, son du rebond, et qu'il sonne juste)
Quijesuis
je suis la pie et le chat roux, la pie vient boire à une flaque, le chat se pose sur tes genoux
maryse hache
qui quoi comment pourquoi
regarde
je suis la pie et le chat roux
qui quoi comment pourquoi
écoute
je suis pinson et mésange
qui quoi comment pourquoi
jeu de écrirelir jeu liberté de raté ratera ratera pas ratera mieux
boum
suis d'ici là côté rue côté jardin côté mixed border
miette pour rien pour presque rien sauf être là
être avec toi être avec vous bleu de présence dans l'écrirlir
pour les roses ouvertes dans le jardin du monde
pour force en faiblesse sauvage herbes citadines
pour triturer la langue en lumière matin
pour humer terre des hommes
reste
tant de choses à faire
reste
boum
te couche déchiquetée ortie ou pivoine sur visage de guerrière / mort meurt poupée tourterelle enfant / elle était rose la fumée bombardement de la vole explose immeubles poussière / te réveille loin de moissonneuse en rosée lumière soleil d'un char dans la carrière
par la fenêtre écoute ceux qui poussent ceux qui fanent ceux qui butinent ceux qui hurlent ceux qui meurent ceux qui chantent ceux qui te regardent anne. joachim christophe mathilde tilleul syrinx magnolia soulangeana cuisse-de-nymphe-émue chat roux hérisson musaraigne noisetier mésange écoute qui lance respir fragrance légère ou capiteuse trouve dans les plis l'invisible du présent de la langue et travaille l'insu qui accompagne tout doux tout doux
au fond d'un antre enfle quelque fleur vorace
donne de la voix haute lire à voix que veux-tu donne de la voix aux txt que aux txt qui aux txt pissenlits
la suite a six minutes
mange-moi d'amour si tu pouvez
tout doux tout doux
boum
tu dis : "- ne peut se dire cette heure si précise où les pensées déboulent en gestuelle arrêtée, reviennent ceux qui passaient, en soi enfouis animaux invisibles, le visage la joie la main le regard le merci le sérieux le départ non ça ne peut se dire"
boum
de la carcasse ne peut se dire elle flanche abricot au soleil, gonfle exhalaison joyeuse des petits animaux cellules viscères tuyauteries chimie belle usine, ne peut se dire fait mal pattes mains malléoles poplités des buffles amers, ne se disent vaisseaux flottés du fond des mers venus minces à surfaces frissons et éclatures, ni jaune fatigue articule, ni vert décourage neurones, ni rouge rouge la vie des mesdames mesdemoiselles messieurs moindres
ah on vient
Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant.
ça fait son remuement dans les profondeurs, on vient d’un bond sur la scène..
la suite a six minutes
_cjeanney
boum
boum par la fenêtre écoute
ceux qui poussent
(mais attends,
parenthèse,
j’ai menti,
on n’enlève pas le corps ici, on ne pose pas sur le côté le zippé dézippé du corps qui clinche, corps flanche, corps assidu, corps érudit, corps fresque, corps creux creusé de ceux qui meurent le manque, meurent de ce qui pousse le manque, repousse le manque, le corps qui trime et qui insiste, on ne repousse rien parce qu’il parle à voix haute,
écoute, je laisse la parenthèse ouverte,
écoute si ça sonne
par la fenêtre boum
tu dis dans les plis l'invisible du présent de la langue et travaille l'insu
le malgré
le qui n'a pas parlé, qui n'a pu dire, et la gorge enfle, ça se bouscule dans les veines, les globules grosses de sommeil s'étirent elles se réveillent bonjour elles disent mais vont pleurer
le temps presse
regarder l'infinitésimal du quijesuis, petit, petit,
regarde ce qu'il y a
il y a l'épaule éblouissante quelqu'un marche à l'étage clac du bruit dans les tuyaux bruit dans les limbes, les vêtements dans les armoires s'agitent, robes de bal qui furent portées dentelles et sobres guipures bottines boutons à délier et les cols moirés de perles que les mains des mains des anciennes mains cousent rafistolent au jardin se recousent végétales et se mélangent d'humeur humus avant que les fils s'enchevêtrent tiges chèvrefeuille tendre s'endorment doucement
aussi dans Quijesuis tu-me-dis et je vois
la place noire grise bitume le noir et blanc chante cela, le noir&blanc en est le ton exact, sur la place une remorque qu'un camion a laissée, quand la remorque s'ouvre c'est une baleine, immense, elle est posée comme une déesse facile, une virgule lourde, elle en son ventre contient toutes les viscères de la terre, avec des teintes franches, qui tintent, bleu dur, rouge terrible, et du blanc, ce blanc n'est pas une couleur, ce blanc un contenant, blanc aimant aimanté, a capté plus que la lumière, des gens vont dire que la baleine est morte parce qu'elle est immobile, perdue à l'arrière d'un camion, ils ne savent pas le blanc, ce qu'il charrie, ce blanc et la baleine maintenant dans mon corps zippé et dezippé s'installe confortable
pour durer
la suite a six minutes
l'artiste travaille sans filet messieurs dames et porte une baleine en pendentif
balance balance
hop
_maryse hache
hop ça a fait hop
voltige clavicules chèvrefeuilles
saute dru le bonheur
orchestre boumboum
il n'y a pas de filet il n'y a pas de filet
lions panthères biches et loups
dans la sciure brille mica
tambours sonnailles et cuivre
il n'y a pas de filet
boum
aux bords des mondes circulaires tournent blanches figures sphères célestes en compagnes ça remue des lumières vertige
fouet dompte ensauvageries des fonds de bois
marlaguette déploie son mouchoir mouillée de rivière
une blessure trouve un ange
il n'y a pas de filet
boum
le pire n'est pas toujours sûr
balancelles l'une l'autre et devant frissons à l'épaule trapèze effroi et bonheur en sautoir
ici parce que
la suite a six minutes
_cjeanney
balancelles
l’une l’autre
et devant les trapèzes hop !
cordages lisses et des paillettes de chaque côté là où poser ses mains, rétablissements, figures, évolutions de corps zippés, apesanteur, pas sûr le pire
(même si les crépitements échardes calcinées font du bruit, tant de bruit, parfois le son de nos voix se recouvre, attends)
Quijesuis je te suis, verbe suivre, rebond du rebondir sur ta définition, rebond sert à atteindre à entendre rebond, accessoirement aussi à braver les dragons, tu m'étonnes
assises en haut du chapiteau, regarder, malgré que (chars & poussières) malgré que (ce qui ne peut se dire) regarder
la longue traine de clowns et acrobates, et sur la place la baleine danse, grosses fleurs voraces sous ses nageoires et qu'elle effeuille l'air de pas y toucher, voltiges-clavicules-chèvrefeuille
depuis dans le jardin les fleurs comptent, les fleurs sont pas décoratives
elles comptent
pas un deux trois ce qui serait bien emmerdant
elles comptent rataboumboum
la suite à six minutes
comptent en chapelet merlettes zé gazelles lignes zélectriques, tuyaux dentelières tambours, comptent en formant, forment en comptant par-dessus vide et sur lui collent une sorte de parade, un outil, un filet toile d'araignée serré de pêcheur d'écrevisses-lions-panthères-biches, ne se fatiguent pas de compter, de fileter, travail de petites mains petites ouvrières méticuleuses bien obstinées, cycliques, qualifiées les cellules, il suffit de poser sa tête pour voir
rataboum
boum
Dévore la suite
_maryse hache
il suffit / il suffit d'être / devant / dans sa voix / de passer / passer par lire / passer pour voir / écouter / tentatives / devant je suis devant / sonore / entamer le volume / ouvrir la faille / dire :
boum
cabrioles saut de biches grand jeté - ça danse - le panache qu'il y a là-haut - voici le grand défilé voltige- clown de paillettes à farine - boum - lanceuse de couteaux à cran de poissons - boum - dompteuse de crinières à quelques choses - boum - fantôme des serpillères abattoirs - boum - démineuse de goupilles entrechats - boum - arracheuses d'ornières à gradins - boum - planteurs de limaces à silo - boum - tueuses de fourmis à charbon - boum - fumeuses de cigares d'existence - boum- déterreuse d'énigmes à sorbets - boum - cracheuses de soufflets à crapauds - boum - déchiqueteuse de ponctuation - boum - écornifleuse de catastrophes à limaille - boum - strip-teaseuse de vérité cratère - boum - renaisseuse de cendres à fontaine - boum - chanteur de botanique effervescente - boum - traducteur de forêts assassines - boum - avaleuse de trompettes phosphorescentes - boum - transporteuse d'ânes à piano - boum - zinzineuse de mort - modeleuse de jouissance - pisseuse de fond - colleuse de trac - fildeferiste de cave - siffleur d'enseignes - couleuse de sang - leveuse d'aube - bordeuse de monde - dévoreuse de rose hantaï -
suiveuse a six minutes
boum
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Par cjeanney dans -DÉPLACEMENTS- le 18 Décembre 2011 à 18:53
tu passes une porte - tu te retournes - il n’y a plus rien derrière toi - peut-être une brume - une volute de fumée - comme si tu étais née de là - d’ailleurs tu ne sens pas ton corps - tu es légère - juste tes yeux - et la conscience de tes mains que tu places un peu bizarrement - sûrement tes pieds devraient y être puisqu’ils avancent dessous toi - mais tu n’es pas vraiment certaine - ni de savoir les maîtriser - ni de savoir quoi que ce soit - tu passes une autre porte encore - il y en a quatre ou trois ou cinq - elles se reflètent l’une dans l’autre - ou se répondent - ou se chevauchent - elles sont toutes fermées et pourtant - il te semble passer au travers - sans en souffrir sans un dommage - au contraire elles te sécurisent - elles sont comme des points de repère - parce qu’avant elles - parce qu’après elles - il n’y a rien - rien que du noir - c’est très effrayant ce néant - tu te fraies un chemin dedans - tu n’as pas peur - c’est comme si tu n’étais pas seule - comme s’ils étaient tous avec toi - oui tu es pleine d’autres volutes - d’autres mains - d’autres gens - nombreux - ils te tiennent par les épaules - ils t’encouragent et te sourient - à ce moment-là tu te dis que tu préfères ne pas comprendre s’ils sont vivants ou disparus - tu t’empêches d’avoir de la peine - tu sens ton cerveau se durcir - tu continues - tes dents sont bien serrées entre elles - et tu avances comme on nage - les portes pivotent et s’écartent - un jeu de paravents qui bougent - des cartes géantes poussées - tu penses à la reine de cœur - plus rien ne t’étonnes vraiment - ta tête s’incline - à droite à gauche - tu salues les inexistants - et les images montent du sol - s’ouvrent doucement en feuillets - accordéons de plages vertes - de graminées au vent secouées - de ciel fournis - vrillés de blancs - une grange au loin - un poteau - puis toute une ville - et des passants - des tubes - des panneaux d’affichages - le bruit des moteurs te parvient - tu planes - tu sais que tu planes - tu n’as même pas peur de tomber - tu attends - te laisses porter - écartes les bras - apaisée - toutes les portes en escalier te font un éventail épais - tu peux monter dessus - très haut - tu n’as plus de nom - plus de temps - des gens sont quelque part devant - tu vas les rejoindre bientôt - rien n’est prévu - rien n’est donné - rien n’est constant - tu as faim de ça et de tout - tu es une éponge - un panier - des larmes coulent de tes yeux - comme de la sève - loin derrière-toi - tu sais d’autres volutes de fumée que tu vas tenir aux épaules - tu es entrée dans le courant
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Par cjeanney dans -DÉPLACEMENTS- le 17 Novembre 2011 à 15:45
On est prié de prendre ses dispositions, dispositions, disponibles, comme si on l’avait jamais été. Page 54, une baffe, On est prié, on est battu, on est las.
On gronde sourdement, sourdement, c’est sourd (ça ne peut pas se dire à voix haute, tout serait décimé, sinon. On se ferait peur, tant de fureur, on risquerait d’y exploser sa peau, tant de rage rentrée, ça sortirait aveugle et inconscient et forcément injuste, on ne veut pas, alors on garde sourdement en soi). Ils ne se rendent pas compte.
À chaque fois la stupéfaction : la violence impunie, la violence non perçue et qui peut se répandre, changer de cible facilement, violence aléatoire et efficace, mène sa petite guérilla, porte une cagoule, pas de visage et pas de nom. S’ajoute à la violence visible (Comment tu tiens debout encore-?) où il faut détourner les coups, les esquiver, mais c’est presque plus simple lorsqu’on peut voir venir et que l’on s’attend à.
Sinon, on cède. On ne peut pas dénoncer, quoi à montrer du doigt, quel scandale-? La violence invisible creuse sa route toute seule comme une grande, comme une gale, elle s’insinue sous l’épiderme, a le sang froid de celle à qui rien ne s’oppose, guillerette, la violence invisible se suffit à elle-même, se survit à elle-même, sans impatience.
Lorsqu’on trouve un exemple, il devient exemplaire, On est prié, et on est battu, on est las. Un peu de tenue, madame, avant qu’on me coupe un morceau.
Parfois, se sentir un poisson bousculé dans la nasse. Chercher dans les yeux ronds le même effarement, s’exorbiter en le cherchant, aller en s’efforçant là où ça plonge, le désir de la suspension quand l’évitement n’est pas possible, les poissons n’ont pas de paupières.
Franck reçoit les coups, Anne prend ses dispositions, je m'active, les axolotls se déplacent délicatement. Décrire la stupeur, c’est le plus difficile. Visions fugitives des yeux qu'auraient croisé les miens, Franck assis, une plaque d'égout et un chien, nouveaux tatouages sur les anciens, marée humaine. Anne, quatre à quatre les escaliers et les tickets, guichets et quais, clés à la main balancent. La perspective d'une rue longue où les passants se croisent têtes baissées. Nos habitacles étanches, indéfendables, voitures, compartiments, cellules. Nos punaises sur les cartes, mirages, parades et fuites accablées. Les baffes qu'on voudrait renvoyer, refuser (comme les coupures égales ou supérieures à 100 francs), se débattre, c'est toujours mieux que rien, non-? je demande, mon filet de voix si fragile que c'est presque ma voix d'enfant. Ou je m'invente des paupières transparentes. Les vues fugitives s'y reflètent. Elles restent inscrites à l'intérieur.
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Par cjeanney dans -DÉPLACEMENTS- le 16 Novembre 2011 à 18:06
Ce jour-là, ne pas me souvenir de l’endroit où je suis ni des lumières. Anne sort du cinéma, pénombre et lampadaires, des phares, des clignotants, peut-être qu’il pleut, peut-être qu’elle accélère le pas en traversant, une croix de pharmacie clignote peut-être, il n’est pas tard, 22h15, des rideaux, des volets, les saccades bleutées que lancent des écrans de télé derrière les murs, peut-être, et des gens endormis, je dors, ou je suis réveillée, je rentre dans une chambre, éteindre une lampe de chevet près d’un lit à barreaux, écarter une peluche, remettre une couverture, contrôler la veilleuse, est-ce qu’elle veille la veilleuse ce jour-là. Ce jour-là, une imprimerie éteinte à Saint-Amand, fermée à clé, en piles à l’intérieur, et dans le noir, des exemplaires d’Un homme qui dort, à peine secs, ce jour-là. Ce jour-là, je ne veux pas savoir comment tombe le corps, si ses jambes lâchent les premières, s’il s’affaisse contre une vitrine, un arrêt de bus, la devanture d’un café, Franck son visage retourné, ce jour-là peut-être.
Je veux garder et répéter ce jour-là et peut-être, pour que dans cette redite de peut-être et de ce jour-là, une fiction arrive. Fasse voler en éclats et dérange, le sais-tu que nous pourrions voler comme des oiseaux ? et les histoires de monstres, les sensations surréalistes qui prendraient corps (mais non, son corps qui tombe, que je ne veux pas saisir pendant qu’il tombe, que je cherche à happer à tout autre moment, Gravelines, Fleury, et même dans l’enclavement de Béthune, mais pas à Nantes, non, détourner le regard ou se prendre à deux mains les oreilles, ne pas entendre le frottement, la chute, détonation, semelles glissantes, pas lourds, voix écorchés, salive, cris, voix éraillée, soupir, respiration du rauque, le rauque et l’abrasif couvre le sol, le sol est un tapis couvert d’épines, les murs lestés de pointes, on se lacère, on ne peut s’adosser à rien et la paume qui saigne si on l’oublie, le trottoir brûle, il peut toujours pleuvoir sur Nantes, c’est des conneries tout ça, ça n’éteint rien), alors, placer des peut-être, des ce jour-là, pour conjurer.
Ensuite c’est réverbération et onde de choc. Anne écrit Franck, je remonte la manivelle, j’ouvre à une autre page, la ville haute, Boulogne, un soldat tombé en héros pour la Libération, ce jour-là, et son nom sur le monument aux morts. Où étions-nous ? Est-ce que ça compte, cette question ? C'est plutôt où nous sommes maintenant, ce que le passé manipule, ce qu'il a modelé, à cause de lui et de la petite chambre, de la veilleuse, je marche de cette façon et je place mes bras et mon corps de cette façon, et je connais cette chanson, celle-là et d'autres. À cause de lui, Anne parle avec cette voix-là, à cause des codes d'accès et des parloirs, et de tout ça, à cause de Jean Genet aussi. Franck ne bouge pas, ne parle pas, il se propage.
votre commentaire
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Par cjeanney dans -DÉPLACEMENTS- le 14 Novembre 2011 à 14:45
Pendant ce temps et 45 km à l’ouest, arrachement le matin. La nourrice agréée souffre de maux de tête, porte d’épaisses lunettes sur cernes, cherche avant tout le noir et le silence. Arrachement, mon bras, ma jambe, mon foie abandonné dans sa pénombre. La descente trop courte de la rue Léon Blum trop vite finie, et pas le temps de ravaler ou d’y penser que le masque me couvre (personne ne sait, semelles plombées, celles des scaphandriers. Parfois un élancement, ça vrille, douleur physique, suraiguë, du mal à respirer, ça ne se voit pas quand je plaisante).
45 km à l’est, Anne collée à une folle, dans le bus, en direction de la Maison Centrale, pendant ce temps. Et Franck pendant ce temps, derrière les murs de briques rouges, se promène où-? longe lesquels-? s’adosse à quoi, se heurte, semelles clouées, rangé dans des boîtes à chaussures, et ses égratignures saignent abondamment sous ses vêtements, arrachements. On dirait que, pendant ce temps, personne n’est à sa place, la géographie meurtrière.
Je passe en voiture sur la D939, Arras, la gare, endroit exact d’où je surplombe Anne dans un train, qui vient ou va vers Franck, centre d’arrêt, les mots mentent et les mots disent la vérité (pas de centre et l’arrêt est incompressible, pendant ce temps).
Nous sommes de vraies personnes avec de faux costumes, ronde cassée.Vues fugitives de mains lâchées, celle dans un train, celle qui visite la veuve, celui qui tourne au pré carré.
Ceux qui se laissent glisser le long des murs - la glisse constamment – celui-là ses poignets trop fins, celle-là s’arrache du sol pour le saisir, et l’autre, (moi) qui ne sait rien, pendant ce temps où la géographie s’amuse. Il se trace des lignes difformes, des ponts, des voies rapides, des murs et un seul mirador aveugle pour faire les comptes.
L'empreinte des sacs qu'on a posés serait indiquée sur la carte, on relierait les points et ça dessinerait quelque chose. L'un des points, à force d'être mis, se creuse, c'est un trou. Quelqu'un y tombe. Les autres tournent autour, ne s'en éloignent pas, et en lieu de lamentation, parfois écrivent, parfois scrutent le fond, s'organisent comme ils peuvent (ce ne sont pas des personnages), témoignent, s'inquiètent (arrachements) sans itinéraire défini. Par instants, chanceler, ce que je fais dans une rue de Lille un jour, place Rihour, je manque de points de repère.
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Par cjeanney dans -DÉPLACEMENTS- le 13 Novembre 2011 à 14:24
Cinq ans, visage de chat, cheveux à reflets clairs un peu ébouriffés ou rasés si c’est plus pratique, lui donnent l’air d’un soldat effrayé et caché dans un corps d’enfant, ses poignets très petits, les jambes minces, des éraflures un peu partout et les shorts trop larges, les cils tellement longs s’il dort profondément, il dort comme une masse, on se moque de ce que rien ne le peut le réveiller la nuit (mais le matin, il est levé en une seconde, tous les muscles tendus). Un rire, un maigre bouclier de rire, petite voix, un rire sans fossettes et sans joie, à partir de ce rire il se cogne la tête quand ça devient tendu. 1973, j’ai onze ans, Anne en a 6, ils se tiendraient la main en marchant, je les assiérais l’un en face de l’autre à la petite table blanche du jardin que j’aurais recouverte de crayons de couleur, ce pourrait être simple, ça aurait pu, et le rire on l’aurait accueilli gravement sans causer de brûlure, j’aurais fait attention car je suis la plus grande.
Anne parle peu et souvent elle l’observe en mordant son crayon, lui est toujours actif. Ou c’est l’inverse et il la contemple en silence, comme une sidération pendant qu’elle chante. Ils s’appliquent. Ils balancent leurs jambes, ils coincent la tranche de la semelle entre le gazon et le pied de table, ils ont des marques sur les joues, sucre cristallisé ou stylo, les ongles courts. Je dessine des rues remplies de personnages, des passants. Ils sont tous de profil mais n’ont rien d’égyptien, une dame, gros ventre, pousse un landau, j’aime dessiner les roues. Dans la vitrine je place des légumes et des fruits, l’idée de mettre toutes les couleurs en dégradés, je remplis en superposant les mouvements ronds pour la salade avec plusieurs sortes de verts. Je raconte, mon père m’a expliqué comment colorier parfaitement : des traits serrés et doux sans appuyer, horizontaux, les mêmes verticaux, les mêmes en diagonales dans les deux sens. Si c’est bien fait, on ne voit plus les traits, je leur montre, je suis la plus grande.
Il a seize ans quand on l’emmène, qu’est-ce que je peux faire à part pleurer, je travaille en vélo, mon cartable à l’arrière, à Agny, à Wailly, je ne sais plus, c’est un CP, Georges a un beau vélo rouge, je leur apprends, le manuel de lecture plus vieux que moi, bien plus vieux que nous tous. Je fais semblant d’être à ma place à la récréation. À Gravelines, avenue du calvaire, on voit la mer. Je ne sais pas où Anne se trouve, dans quel lycée, mais elle et moi gardons nos noms. À lui on en donne un nouveau, ou un ancien, c’est selon, un autre, un terrible, un inconnu, et est-ce qu’il a seulement la force d'un petit rire ?
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Par cjeanney dans -DÉPLACEMENTS- le 12 Novembre 2011 à 14:48
De dos, il porte un sac à dos et une veste de jean, cheveux châtains, 1m77, il fume, je ne sais pas ses doigts, de quelle manière il tient la cigarette, index majeur anecdotiques ou le pouce plié, ni quelles mains leur forme, je ne sais pas ses mains, marques, cicatrices, Béthune, c’est Franck.
Une femme derrière lui, jeune, cheveux longs ou noués, mèches qui dépassent du col, manteau long, gabardine ou blouson, une écharpe qu’elle laisse flotter ou qu’elle resserre, marche assez vite, il fait froid brutalement, le vent sec, je crois savoir le mouvement de sa tête lorsqu’elle parle, Anne, est-ce le même lorsqu’elle marche, ne sais pas, ni si je marche aussi.
Je marche, Hôtel Le Vieux Beffroy, à l’angle la rue Albert 1er et vers la rue Sadi Carnot j’avance, tour carrée rouge, je m’en souviens, la place pavée, l’impression fausse ou vraie qu’elle se décline au centre, centre, centre d’arrêt, justement, et c’est tout droit ou presque, au bout la rue d’Aire, que Franck marche, qu’Anne marche, je marche avec eux derrière eux ou devant, séparés nous marchons, dans des tuyaux parallèles et opaques.
Abattu froidement à bout portant. Jourdain, Oberkampf, je n’y suis pas. Mais Wimereux oui (je me perds dans les dates, toujours, depuis le premier jour d’école, première date du premier septembre au pupitre, écriture stylée en haut du tableau vert, point de repère tactique et important qui me refuse l’accès, que je peux lire - je peux tout lire quand les autres déchiffrent - mais ne m’évoque rien, poussière, froideur, une étrangère ici, terrain hostile, la terre bouge, je glisse sans interruptions). Wimereux, soir à Wimereux, plusieurs soirs. On partait de Lille, de Roubaix, on roulait sans arrêts get back sur la cassette retournée et retournée encore, en bordure de plage se garer à la nuit tombante, personne. Quai Hazebrouk et des bâtiments neufs ou quasiment, des balcons recopiés l’un sur l’autre, une plante ou un balai pour les différencier, lignes de bleu de blanc pour confirmer le sentiment de maritime villégiature. Rue du capitaine Ferber, en construction d’autres appartements, il n’y aura qu’à descendre le matin, au bout la mer. Boulevard Alfred Thiriez, club nautique de Wimereux, carrelage bleu et blanc et une lumière en forme de bouée sur la façade, get back sur la promenade, trimaran, bateaux, on s’en moque, nous on veut voir la mer.
10 ans après Franck, j’habite avenue Sully (suivre l’avenue du Pont des Dames, à l’intersection on remonte la rue d’Aire jusqu’aux grandes palissades, le centre d’arrêt d’où Franck sort, Béthune).
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