• Etienne Ethaire : "La langoureuse", fin

     

    La jeune révoltée maigrit.  Bien sûr.  Depuis le temps qu’elle ne mange plus.  Et son père est impuissant, ne sait que lui dire, sourires gênés, je ne sais que faire de toi, claque la porte, revient s’asseoir au bord du lit, puis part, désemparé.

     

    L’anorexie, terrible maladie exprimant une souffrance qui se démène à l’intérieur d’un jeune être.

     

    Mais avant d’en arriver à ce point crucial, Maleea réussissait brillamment ses études ; était tolérée par les professeurs grâce à ses résultats scolaires élevés alors même qu’elle s’offrait à tous les garçons, donnant son corps pour qu’ils en usent et abusent comme ils veulent.  Qu’ils la salissent seulement, cela ne fera que confirmer cette indignité qui l’habite depuis… si longtemps.  Qu’ils la mouillent de leur sperme, qu’ils la maltraitent, tous, les uns après les autres, à la chaîne, ensemble pourquoi pas, cela lui est égal.  Ce corps lui obéit et il fera ce qu’elle en voudra.  Elle sait que ce corps rend les garçons fous.  Facile de le balancer en écartant seulement les cuisses.  Cela la fait bien ricaner de les voir s’agiter ainsi sur elle.  Qu’ils continuent.  C’est ce qu’elle a décidé.  C’est ce qu’elle veut s’infliger.

     

    Ces garçons ne sont que les pantins de ce qu’elle veut se faire subir à elle-même.  Si elle pouvait se cracher dessus et se vomir, elle n’hésiterait pas une seule seconde.  Mais comment se vomir soi-même ? 

     



     

    Ce soi, ce moi qui la fait tant souffrir, Maleea Lori essayera de le faire taire en détruisant sa carcasse. Encore un peu moins manger aujourd’hui.  L’aiguille de la balance baisse.  Tous les jours un peu plus.  Jusqu’à ce qu'elle devienne un paquet d’os ne tenant ensemble que grâce à son épiderme, sec.

     

    Mais nous savons ce qui lui cause tant de douleurs.  Le lecteur s’en aperçoit très vite.  Etienne Ethaire le dit, lui, à travers Maleea, que sa mère l’a abandonnée, oh, il y a longtemps déjà, on va dire à sa naissance.  Pour un tas de raisons… vénales.

     



     

    P18 : « J’étais un monstre, impossible de m’imaginer autrement qu’en fœtus gluant !  J’ignore pourquoi, mais je devais être différente des autres embryons qui vivent à travers les échographies.  Moi, je n’étais qu’un magma de cendres, un atome de non-matière en attente du passe de l’aspirateur … »

     



     

    Quelle mère peut abandonner ainsi son enfant ?  Ne jugeons pas, chacun son histoire ; c’est ce que Maleea fait, elle ne juge pas sa mère qui l’a engendrée au lieu de l’aspirer.  Mais elle ne peut empêcher son corps de se plier à sa volonté et de maigrir, de maigrir.  De maigrir.

     

    Un jour, pourtant, elle rencontrera sa mère.

     

    Une rencontre qui se poursuivra dans une relation fusionnelle, sensuelle, seule moyen qu’elle  auront toutes deux réussi à mettre en place pour se retrouver : par l’étreinte de leurs chairs.

     

    Mais elle maigrit.  Encore et toujours, depuis que son père lui a interdit de la revoir.

     

    Rien ne peut remplacer l’amour d’une mère.

     

    Rien ne peut remplacer l’amour et la tendresse, l’affection et l’écoute qu’un père est incapable de donner.

     

    Le corps de Maleea est décharné.  Horrible.  Immonde.  Reflet d’une souffrance qui l’aura bouffée entièrement. 

     

    Il est surtout sublime, ce corps.  Magnifique.  Merveilleux.  Car il est aussi l’expression de tout l’amour qu’elle est capable de recevoir et de donner.

     

    Ce roman raconte l’âme qui anime ce corps désarticulé ; chant du cygne qui ploie, avec grâce et élégance, une dernière fois son cou.  Ultime salut à la femme.

     


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