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    lignes quotidiennes jour/nuit du rat

    -du 12 février au 20 mai 2011- journal du rat

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    jour _ me sens coiffe royale l'espace d'un instant, mais c'est un leurre, juste une bestiole figée sur une reproduction de plâtre, soyons lucide

    nuit _ me souviens, nous sommes arrivés des broussailles parce qu'il y avait du feu, nous avons évité vos doigts vos jambes vos hurlements, avons volé des os, un peu de viande autour et nous sommes cachés, repus et attentifs, vous construisiez des tours, des routes et des pièges, vous chantiez, vous frappiez le sol de vos bâtons, brutalement, vous étiez laids et téméraires, les plus fous d'entre vous racontaient des histoires alors nous sommes restés



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    jour _ me mets à la place des humains : si facile, c'est parfois si facile que ça repose de vivre plat, eau tiède, eau chaude, eau mitigée (tiens, se souvenir de Boby) mais attention, quand l'eau prend toute la place ne reste que du flan

    nuit _ ça remplissait les têtes et ça se déversait en afflux continu, des coulées de détails sertis et disposés esthétiquement, passés au crible, agrémentés, décorations coquettes et distrayantes, ça pouvait sembler curatif car rien n’était plus grave que vivre, et plus terrible, non rien ne pouvait nous guérir du vivre et du mourir, comme nous étions fragiles, alors se soigner avec ça, des épopées heureuses et des teints clairs, des coupes exceptionnelles, des puissances parfaites, régimes, haltères, cafés mousseux, il fallait de la fermeté et beaucoup de tristesse cachée pour s'en extraire, et assumer qu'ensuite nous serions nus, friables, à regarder le ciel tomber sur les trottoirs



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    jour _ ai trouvé un gisement noir, goût de réglisse et goût d'enfance quand ça se décollait en escargots de jais, A noir E blanc, carrés à taille de fourmis, entrechoqués et enfermés, campe dessus joyeusement, jalousement, vienne me déloger qui l'ose

    nuit _ la nuit passée sur des couvercles, boîtes de bois et de fer blanc, boîtes à rubans, boîtes à bijoux, boîtes à secrets, boîtes à galets (mais allergique aux boîtes à rats, rien d'illogique)



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    jour _ tente une radioscopie, à travers le barrage des poils, sonder et parcourir mes petitesses (et deux petits points bleus prennent toute la place, mes yeux, eux qui régulent le monde, le forcent, le tordent, qu'il entre dans mes cases, deux petits points bleus énormes qui s'étendent jusqu'aux extrémités des pattes et remplacent mes intestins et mes morceaux de cartilages, c'est visible sur le cliché - sauf si mes yeux me trompent)

    nuit _ mouvementée, d'un sommeil agité ; sûrement les yeux, les digérer est difficile



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    jour _ bien sûr que tout m'intéresse... mais l'hélice, quelle énigme

    nuit _ rêve qu'on m'interroge, c'est très intimidant, les villes, les champs et le lion prisonnier, les maladies qui se propagent, me semble que ma maîtrise de ces sujets n'est plus à démontrer, mais la dernière question me laisse sans voix, La valeur 2 r Vp (Vp - V1), (première nouvelle) ne doit pas dépasser une valeur précisée par le constructeur de l'hélice (décidément, ce monde est bien obscur pour un rat ignorant qui veut se propulser)



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    jour _ cette ombre suit mes moindres faits et gestes, que veut-elle, qui est-elle, que cherche-t-elle à voir à travers moi ? assez ! ne suis pas une métaphore mais un rat libre ! (elle insiste, va falloir m'habituer)

    nuit _ et nous nous retournions, des bruits de pas, de déplacements et c'était elle que nous ne pouvions fuir, et nous savions qu'il n'y avait rien à faire, qu'attendre, au prochain croisement elle serait là, à espérer, à traverser le vide pour nous atteindre, tendue vers nous, son regard aussi solide qu'une planche ; et viendrait le moment de dormir dans cette ombre trop grande, en comprenant trop tard que c'était nous qui la pourchassions



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    jour _ ai voulu voir au fond des choses si les nœuds s'entortillent

    nuit _ suis ficelé, fagoté, saucissonné, assaisonné, noué, salé, tranché et dégusté (affreux cauchemar, ne souhaite à personne ce rêve d'être un rôti de porc)

     


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    jour _ il ne m'en faut pas plus pour m'autoproclamer pacha

    nuit _ ai chevauché en songe une forme démente, entortillée sauvagement, une arabesque ; ai voulu la dompter mais finalement renonce, caracoler à dos de ligne droite est beaucoup plus dangereux

     


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    jour _ avance d'un pas sur la bascule et zou, me jette à corps perdu dans le travail

    nuit _ passé la nuit au chaud et dans le noir, l'ai trouvée confortable et n'ai rien pressenti, pas vu le piège se refermer, attendu l'aube et ce moment précis qui inverse la donne (avec un peu de chance c'est là que le couvercle saute)



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    jour _ ai trouvé dans un coin deux choses sans importance, fragiles, qu'on a manipulé parfois sans ménagement, sans usage concret, inutiles (me semble que malgré tout, des larmes tomberaient jusqu'au sol si elles étaient jetées)

    nuit _ nous traînons des sacs invisibles remplis de babioles entassées, les sacs grossissent, grossissent mais nous ne les lâchons jamais, quand nous dormons c'est la tête posée contre ; parfois, par transparence, on voit les sacs des autres, ce qu'ils ont mis à l'intérieur, nos frères voûtés dessous, on rêve qu'on se déleste un peu ensemble



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