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Juliette Zara, dans Les ascenseurs
Par cjeanney dans -CE QU'ILS DISENT- le 30 Décembre 2009 à 16:48-
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Les ascenseursTu verras ce que je t'ai promis. Ce lieu étourdi où on se laisse aller glissade obligatoire
ou ta tête
serrée dans un étau tacheté de rouille ces zones rugueuses et boursouflées toutes les nuances de l'ocre au brun au noir et cette poussière un peu grasse métallifère qui s'accroche
à tes doigts
tu t'en sers pour tracer sur le mur les graffiti de ta révolte c'est pas une vie c'est pas une vie et tu lui refais le portrait à cette affiche tu lui dessines une moustache tu lui crèves un œil tu lui arraches des dents. Et puis tu prendras l'ascenseur. Tu sentiras
sous tes pieds
le ballet invisible et vertical de tous les ascenseurs ceux qui montent ceux qui descendent les omnibus et les directs et puis un jour tu en auras assez les portes s'ouvriront quel étage, monsieur, madame, mademoiselle ? Je suis partie sans t'attendre. C'est le 7e étage pour
tes yeux
mais pour ton cœur écœuré on est déjà au ciel le dernier étage où on ne va jamais assieds-toi tu verras je ne t'ai pas menti tu verras. Regarde tous ces couloirs en étoile toutes ces portes ouvertes ou fermées toutes ces chambres tous ces lits tous ces corps invisibles juste des draps on les devine juste des pieds on refuse d'imaginer leur visage. J'ai vu
ton visage
et tes larmes et la vue du 7e étage par cette baie aux multiples épaisseurs une fenêtre qui semble ne s'ouvrir que sur une autre fenêtre qui ne s'ouvre pas et dehors tu t'assieds tu verras j'ai pris
ta main
pour t'emmener loin je ne veux pas t'oublier mais oui tu m'as dit bien sûr je ne t'attendrai pas je ne sais plus. Je crois que j'ai oublié quelque chose. Dans l'ascenseur peut-être. Devant cette affiche que quelqu'un a défigurée. Je t'en prie, je ne sais plus. Parle-moi. Raconte-moi. Je vais oublier. Je te vois encore au 7e étage et la vue par la fenêtre aussi. Et la rouille et
ta peau
desséchée ici il fait chaud pas d'eau plus d'eau sauf tes larmes tu pourrais boire tes larmes. Je sais je t'ai promis. Je te dirai tout. Tu sauras tout. Tu connaîtras l'étage et l'ascenseur et l'apesanteur. Promets-moi d'agiter ta main, je saurai que tu as atteint ta destination. Je m'assiérai et je t'attendrai au centre de l'étoile devant les ascenseurs.
Nicolas De Staël, Les Toits
Premier vendredi du mois (et premier jour de l'année), c'est l'occasion du premier vase communicant de 2010 : deux bloggueurs échangent leurs places le temps d'un billet. Ecrire chez l'autre, c'est investir un autre espace et se laisser porter par lui. Aujourd'hui, c'est Juliette Zara d'Enfantissages qui (après Brigitte Célérier, après Anne Savelli) offre à tentatives ce texte d'une grande force, et prend ma place comme je prends la sienne...
D'autres vases communicants ce jour :
Futiles et graves (Anthony Poiraudeau) et
Paumée (Brigitte Célérier),
Petite Racine (Cécile Portier) et
Abadôn (Michèle Dujardin),
C'était demain (Dominique Boudou) et
Biffures chroniques (Anna de Sandre),
Le blog à Luc (Luc Lamy) et
Frédérique Martin,
Pendant le weekend (Hélène Clémente) et
Oreille culinaire (Isabelle Rozenbaum).
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Tags : etage, tes, autre, verras, ascenseurs
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Commentaires
1koukiserecoucheVendredi 1er Janvier 2010 à 11:17Ce texte me renvoie à une angoisse sourde où je tourne en rond comme un animal. Assise à attendre devant les ascenseurs est plus doux et c'est ce que je vais faire aussi.J'aime, Juliette, quand tu fais aussi des textes longs. Haruki Murakami a une scène d'ascenseur au début d'un de ses livres que j'aime beaucoup également.angoisse oui, mais la tendresse avec laquelle on s'aideVous êtes un écrivain, mais on vous l'aura sûrement déjà dit.Kouki, oui, je comprends, mieux vaut parfois être attendre l'ascenseur qu'être enfermé dedans...
Anna, encore un auteur à découvrir... :-)
Brigetoun, la tendresse est là, contente que vous l'ayez perçue.
Dominique, merci pour ce magnifique compliment, je l'emporte pour qu'il m'accompagne tous les jours de cette année qui commence.Nous sortons de votre registre habituel Enfantissages/juliette. Vous êtes une petite cachotière, dites-moi. Bonne année et la réalisation de vos rêves (je vois bien que vous en avez).Pourvu que Jeanne ne monte pas en même temps...C'est un texte admirable. J'aime beaucoup ces phrases qui changent de point d'appui en avançant, et qui nous prennent dans un tourbillon.Frédérique, je ne crois pas être vraiment sortie de mon registre habituel, juste avoir peut-être commencé à explorer une forme un peu différente. Merci pour vos bon voeux!
Luc, qui donc est Jeanne?
Anthony, contente de lire que ce texte t'a plu!
Christine, tu as aussi quelques jolis commentaires qui sont arrivés depuis l'autre jour :-)je découvre avec retard et à la faveur d'une maladie qui me retient au lit face à mon ordi ce très beau texte, l'année commence bien pour juliette.
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