• Kathie Durand, dans Lichens -vases communicants d'avril-

    -
    -
    -
    -
    -
    --
    -
    -
    -

    à l'intime
    -













    Lichens

     


    « Les lichens peuvent surmonter (des) conditions de vie extrêmes car ils peuvent très rapidement passer à un mode de vie ralentie (...) »

    in Guide des fougères mousses et lichens d'Europe / Dr Hans Martin Jahns .- Delachaux et Niestlé, (les guides du naturaliste), 1996

     

    Il est tout à fait possible d'ignorer le cimetière. Même à venir tous les dimanches au village. La route qui conduit où demeurent les morts est à l'écart de l'axe principal, après la fourche au grand chêne, à gauche, au bout d'une impasse dans laquelle on ne s'aventure pas sans une douloureuse détermination.

    Tu m'attendras n'est-ce pas, je n'y suis jamais allée, je ne connais pas le chemin.

    La porte du cimetière est lourde et très large. Deux longues barres horizontales et de courts barreaux verticaux. Il suffit de l'entrebâiller pour entrer. L'espace est vaste. Clôturé de murs – formés de plaques – du béton brut marqué déjà des coulures rouges des intempéries.

    On n'imagine pas, lorsqu'on perd son parent son enfant son aimant, le rythme nouveau des jours et des nuits qui se joue ici.

    Tout d'abord il faut traverser un grand espace sablonneux. Pour accéder aux allées. Concessions de Terrains dans le Cimetière Communal. Accordées moyennant une somme totale variant selon les mètres superficiels et le nombre d'années.

    Il y avait eu ce jour là un profond sommeil apaisé, des mots poignants dans un éclair brumeux, puis le noir la grêle l'acier du soleil sur la route à continuer.

    Les caveaux sont alignés dans les allées sablonneuses. Débauche de fleurs, bimbeloteries, inscriptions gravées, visages souriants des défunts. Plus loin le terrain est tout en herbe. Au-delà des murs de béton tout alentour des prairies. Et plus loin les habitations, la vie les rires la peine qui bruissent.

    Est-ce qu'à l'arrivée des beaux jours la nature s'éveille aussi ? Ou bien ne renaissent ici que les larmes et les tourments ?

    Le cimetière ancien est enclos de murs en pierres sèches. Il offre quelques somptuosités funéraires, concessions perpétuelles ornées de mousses et de lichens, lits de sable où surnagent cœurs en fer blanc, plaques indéchiffrables et croix rouillées, les regrets, souvenirs abandonnés.

    Surtout que tout soit naturel, les fleurs les sentiments les larmes qui viennent surtout lorsque l'on dit tu vois je pleure même pas. Fixer le jour et l'heure de l'enterrement, parler de lui, parler d'elle, aller les voir une dernière fois, organiser les retrouvailles. Affronter seuls l'interminable. Pour la pierre tombale, on verra plus tard.


    Kathie Durand

    qui prend ma place comme je prends la sienne aujourd'hui.




    Premier vendredi d'avril : la joie d'accueillir ce texte de Kathie Durand, sa résonnance intime qui appelle des images communes à tous et le lien de fraternité que ça tisse...

    Une fois de plus, les Vases communicants se font pour moi expérience rare, double surprise de voir surgir ce qu'on attendait pas, à la fois en soi et de la part de l'autre, l'étonnement devant ce qui s'écrit dans et pour cette situation si particulière.

     

    Reste maintenant à faire la ronde, suivre les liens, parcourir ces échanges compilés ci-dessous grâce à Brigitte Célérier :

    (comment ne pas aimer le vendredi après ça - surtout le premier du mois ?)


     

                   Vases Communicants d'avril :


    Kouki Rossi

    et Luc Lamy



    Jean Prod'hom

    et Juliette Zara



    Cécile Portier

    et Loran Bart



    Sarah Cillaire 

    et Anne Colongues



    Fleur de bitume 

    et Chez Jeanne



    Antonio A. Casilli 

    et Jérôme Denis



    Florence Noël 

    et Brigitte Célérier

    François Bon

    et Laurent Margantin

    Michel Brosseau

    et Arnaud Maïsetti

    Guillaume Vissac

    et Juliette Mezenc

    Brigitte Giraud

    et Dominique Hasselman

    Michèle Dujardin

    et Olivier Guéry

    -

    -

    -

    -

    -

    -

    -




    « engrenageombre portée dans la cuisine »

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    1
    Vendredi 2 Avril 2010 à 07:13
    beau tissage, intérieur/extérieur, où l'extérieur est tout aussi poignant
    2
    Vendredi 2 Avril 2010 à 07:13
    Anna de Sandre
    Quelle agréable découverte ! Je file maintenant découvrir votre blog.
    3
    Vendredi 2 Avril 2010 à 10:09
    lichens : plantes sans racine, s'enracinent dans les mémoires et non pas dans la pierre
    4
    Vendredi 2 Avril 2010 à 13:06
    Ah, je retrouve votre attention aux espaces qui architecturent l'intime douleur. Universel est bien le mot.
    5
    Vendredi 2 Avril 2010 à 13:14
    Enfantissages
    Christine a raison, Kathie vous avez su tisser cette résonance avec nos vécus. C'est très émouvant, et remue en moi souvenirs trop récents.
    6
    Vendredi 2 Avril 2010 à 18:49
    Les somptuosités funéraires ... écrasantes. Vous les dites bien. J'irai lire aussi chez vous.
    7
    Vendredi 2 Avril 2010 à 19:12
    arf
    Les deux points de vues intérieurs/extérieurs decriptifs/sensoriels sont très bien rendus. J'aime!
    8
    Samedi 3 Avril 2010 à 06:24

    Beau contrepoint,
    beaux entrelacs.
    Content d'être passé par là.

    9
    Samedi 3 Avril 2010 à 12:36
    c'est très étonnant, écrire sous pression des heures là tout de suite et tout le temps recoller des morceaux de soi éparts avec mission d'être du mieux qu'on peux à la hauteur de la confiance faite ... merci immense à toi Christine; et pour vos attentions qui s'expriment ici, ce qu'elles ouvrent ce qu'elles dévoilent, aussi..... pas oublier l'origine non plus.
    Suivre le flux RSS des commentaires de cet article


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :