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Mahigan Lepage, dans Vers l'Ouest
par cjeanney, le 29 Novembre 2009 à 09:20-
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« Je suis né au vingt-sixième jour du premier mois de la décennie où tout allait basculer. Je n’avais pas l’âge de conscience que déjà les terres et les rangs et les maisons des Plateaux se vidaient. J’étais encore un enfant que déjà j’étais lancé dans un monde pour lequel rien ne m’avait préparé. J’avais été projeté contre le dur et le lisse des pays d’usines et d’aisance et de villes et de parallélépipèdes rectangles. J’avais eu des amis fils d’usinier, fils de bourgeois, fils de fonctionnaires, mais pas ou peu d’amis fils de révolte. Les fils de bourgeois, les fils de fonctionnaire, quand ils se révoltaient ils pouvaient croire que c’était pour la première fois. Ils pouvaient croire assumer la paternité de leur révolte, ils pouvaient croire être les premiers fils. Moi je le pouvais pas. J’étais fils de fils. J’étais fils de révolte. Je ne pouvais que rejouer la révolte de mes parents. Donc j’étais perdu, de tous mes amis j’étais sans doute le plus perdu. Mais je voulais quand même tenter le coup. De toute façon je n’avais pas vraiment le choix. Je devais tenter le coup et essayer de n’être pas qu’une marionnette, n’être pas qu’un pantin qui rejoue la révolte de ses parents, la révolte des premiers fils. Je n’irais pas au collège, pas maintenant en tout cas. J’allais tenter ma chance sur les routes. J’allais tenter une deuxième chance sur les routes. »
« La route est une expérience en soi qui jamais ne lie les territoires qu’elle relie. En elle-même route demeure tout entière à rassembler. Elle ne produit pas d’elle-même le liant qui offrirait le déroulé qu’on voudrait. Il faudrait la couler, la couler et la rouler sans vide et sans reste comme l’asphalte. »
~> Mahigan Lepage, dans Vers l'Ouest
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Tags : fils, revolte, tenter, avais
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