• Maryse Hache dans La boîte et je m'endors, vase communicant d'avril

    «(...) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (...)». François Bon et Scriptopolis ont lancé l’idée des Vases Communicants.



    Ce jour, échange avec 
    Maryse Hache du Semenoir, et son texte-cadeau

    (si mon émotion était convertie en énergie électrique, avec le nombre de villes que j'allumerais, ils pourraient remballer leurs centrales).


     

    La boîte et je m'endors

     

    journal du rat

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    la boîte et je m'endors

    la boîte en bois à casiers où il installait, pour les contrôler, petit-gris mais surtout kolinski venus de la vallée de l'amour – il aimait bien que ses pinceaux viennent de ce nom-là, en sibérie, martre-kolinsksi par poignées de 12 ou de 24, disait-il buisson, était-ce unité de mesure

    avec loupe et petits ciseaux, chaque pinceau minutieusement examiné et décision s'il le fallait de couper un poil qui dépassait de la fleur, juste au-dessus de la virole

    la boîte et je m'endors

    je m'endors et le jour du couloir j'ai su que pour elle c'était le 2 janvier

    pour moi le jour de la boîte en zinc à frigo c'éait le 14 février

    il dort ou quoi

    pourquoi prend–il cet air pincé

    pourquoi n'ouvre-t-il pas ses yeux que je retrouve leur bleu

    mais derrière moi, inlassable, avance le bruit des feuilles qui tombent

    nos pères dorment au lit du poème

    et je m'endors

    dans quels yeux as-tu posés les tiens avant de les fermer

    et il s'endort dort dors d'or

    boîte de compas Kern avec tire-ligne, compas, compas à verge, rallonge, pointe sèche

    boîte à cirage, il faut qu'elles brillent le matin lorsque les filles partent à l'école, à beaux coups de brosse

    et je m'endors

    auf auf les filles c'est l'heure de se lever

    où est ma boîte de crayons de couleurs koh-i noor hardmuth carand'ache staedtler

    et je m'endors

    vas-tu te lever c'est l'heure

    c'et l'heure de l'enfance

    et je m'endors dans les boîtes en fer blanc de la chanson

    dans les belles sardines argentées pour les mettre dedans

    et les marins qu'il faut pour les pêcher

    et cette boîte malacéïne nacrée poudre talc monpelas paris, rescapée d'une étagère de petite armoire d'un cabinet de toilette de l'avenue felix -faure à paris au pays de l'enfance

    le cabinet de toilette donnait dans une chambre

    dans cette chambre mon lit était le long du mur à côté de celui de ma sœur

    aux murs de bergères les tambourins qu'il avait bricolés en veilleuse

    pas de tableau

    laisse allumer s'il-te-plaît pour s'endormir lumière

    journal du rat

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    et je m'endors boîte crânienne embrumée

    dès lors il n'y aura plus moyen sinon visite  en sommeil  de porter secours à la terre des pères lycophron ou paul il dormira dormira toujours au sein de la terre et des pissenlits dans sa boîte définitive

    pourtant il parlera encore

    car je m'endors

    et la boîte rouge gardienne de ses mots de jeune homme amoureux de jeune homme prisonnier de jeune homme courageux qui chaque un jour de kriegsgefang a envoyé sa lettre d'amour

    boîte qui les contient toutes de celles de pendant cinq ans écrites avec l'espoir et l'amour

    la boîte m'en offrira de ces missives quand je voudrai bien ouvrir et soulever le couvercle

    je m'endors et j'ouvrirai la boîte déplierai la trame du  temps et ferai parler ce qui se tait depuis bientôt soixante dix ans enfermé dans du présent qui attend son heure de fraîche

    journal du rat

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    la boîte de ciseaux à bois, couchés alignés dans de la sciure,  panoplie de travail des jeunes gens, fabriquer quelque objet comme cette petite console en bois avec tenon et mortaise marquée de son prénom mansucrit cc, pour la distinguer de celle de son frère, mordre dans du tendre

    console console je m'endors

    journal du rat

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    journal du rat

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    pas encore les ciseaux des tissandières


    moi je suis venue je m'endors te donner vie dans le poème de présent car tu m'as donné vie un jour de belle cabriole et tu es de ceux qui ont continué à me la donner avec glaïeuls tout au long de la tienne sans faillir

    d'un coup tu auras disparu costard cravate bouche pincée il a fallu admettre qu'ils t'y couchent il a fallu oser te laisser enfermer là-dedans il a fallu que le sourire niet plus jamais tout a une fin les pioutes je m'endors il a fallu toute une matinée te suivre en boîte c'était du chêne non jusqu'au jardin des morts en boîte je m'endors c'est nous qui cheminons ta boîte sur nos fragiles épaules et pas sur celles des mercenaires borniol c'est nous qui passons les cordes et laissons glisser la boîte jusqu'au fond du trou c'est eux qui officient il a fallu

    je m'endors en vie

    lui c'est mort qu'il dort

     

    je m'endors

     

    je fichaise je rat de jour et de nuit je signes cliniques je voir b et autour

    j'ai tant aimé vous rencontrer dans les grands flux de l'écriture en web-e-toile

    il n'y eut pas nevers ni l'hellébore acheté pour offrande et qui devait m'y accompagner pour une rencontre de vif-corps

    il y a ce vase d'avril et c'est bien

     

    il ya la boîte lumineuse de l'écriture et de l'échange

     

    Maryse Hache

    à qui je donne ma place et qui m'offre la sienne ce jour

     

     

    Les autres vases communicants d'avril

    (recensés par Brigitte Célérier)

     

     

    Sandra Hinège http://ruelles.wordpress.com/ et Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/

    Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/ et Christophe Sanchez http://www.fut-il.net/

    Guillaume Vissac http://www.fuirestunepulsion.net/ et Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net/

    Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/ et Marc Pautrel http://blog.marcpautrel.com/

    Dominique Hasselmann http://dh68.wordpress.com/ et François Bon http://www.tierslivre.net/

    Michel Brosseau http://www.àchatperché.net/ et Stéphane Bataillon http://www.stephanebataillon.com/

    Franck Queyraud http://flaneriequotidienne.wordpress.com/ et Samuel Dixneuf-Mocozet http://samdixneuf.wordpress.com/

    Anne Savelli http://www.fenetresopenspace.blogspot.com/ et Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/

    Claire Dutrait http://www.urbain-trop-urbain.fr/ et Jacques Bon http://cafcom.free.fr/

    Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/ et Bertrand Redonnet http://lexildesmots.hautetfort.com/

    Isabelle Pariente-Butterlin http://yzabel2046.blogspot.com/ et Jean Prod'hom http://www.lesmarges.net/

    Christopher Selac http://christopherselac.livreaucentre.fr/ et Franck Thomas http://www.frth.fr/

    Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/ et Benoît Vincent http://www.erohee.net/ail/chantier/

     

     

     

    « 31-03-201102-04-2011 »

  • Commentaires

    1
    Vendredi 1er Avril 2011 à 13:39

    Boîte crânienne enfermant les souvenirs, difficile parfois d'en retrouver la serrure, ici magnifiquement ouverte avec la clé pas seulement des songes.

    2
    brigitte Celerier
    Vendredi 1er Avril 2011 à 17:13

    enchantement, la vie transfirgurée

    3
    Samedi 2 Avril 2011 à 05:48
    Pierre R. Chantelois

    Maryse. Les secrets poétiques enfouis dans une boîte à découvertes nous sont révélés finelement ciselés. Cette boîte est prétexte à un beau partage qu'il nous tarde de garder en nous... refermant le couvercle pour nous soient exclusives ces belles vérités. Merci

    4
    Dimanche 3 Avril 2011 à 10:18

    dominique hasselman,  brigitte célerier, pierre r. chantelois / gratitude de vos passages auprès de boîtes et que vous y lisiez de quoi poursuivre du partage en écriture

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