-
(réaction à chaud, en seule cohérence avec moi-même et qui je suis à 11h37 ce dimanche matin)
Par cjeanney dans -À L'INTIME- le 29 Juillet 2012 à 11:39Pas de dogme ici, juste que je m’interroge au réveil sur cette formulation de Laurent Margantin sur son blog les Carnets d’Outre-web : « cette ouverture permanente et potentiellement infinie aux autres, à autrui via Facebook ou Twitter », ouverture qu’il juge à effets potentiellement négatifs et qu’il dénonce.
Je me demande :
Qui est humainement capable d’opérer une telle ouverture « permanente et potentiellement infinie aux autres » ? Gandhi ? Astroboy ? Il y a des limites humaines, physiques, sociométriques, qui placent des limites humaines à cette humanité limitée, si j’ose tenter cette formulation (à tendance humainement circonscrite dans des frontières humaines et limitées, je le rappelle).
Et cette appellation de « réseaux sociaux » me fatigue : les Rézossocios n’existent pas en tant que bloc, mais divers, déclinés, sous plusieurs usages, selon les pôles d’intérêt et les cercles qui les animent (tout comme « le cinéma » n’existe pas. Qui peut ranger Les Bronzés font du ski et Dersou Ouzala dans la même catégorie ? je ne sais pas, et ça me laisse pantoite et désarmée j'avoue).
La rapidité de l’échange, son immédiateté et la facilité avec laquelle Un Monde de données est accessible doit se questionner (cf lien), faire l’objet d’études, de réflexions (cf aussi), mais n’est certainement pas une dictature. Et je ne suis pas un saladier vide attendant d’être remplie sous l’entonnoir de la technologie de masse, une victime, une geek, une cocaïnomane en perpétuelle tentation d’être happée engloutie par les vilains Rézossocios.
J’utilise Twitter et le net exactement comme j’utilise ma douche ou ma voiture : lorsque j’en ai besoin.
Bien sûr, il y a des phénomènes d’accoutumance avec des accros à la connexion, tout comme certains souffrent de TOC et se lavent les mains 17 fois en soixante minutes (et aucune voix ne se lève pour s’offusquer de ces robinets ouverts et du savon scandaleusement accessible dans nos pays riches, l’hygiène de soi devant se mesurer à la parcimonie de l’entendement de la rareté précieuse du savoir incluant la privation, ou je ne sais quelle autre coquetterie de ce style) (j’ajoute que plus de savon dans les allées de Match le dimanche matin ainsi qu’une quantité accrue de déodorants soulageraient mes capteurs olfactifs, mais je m’égare).
L’utilisation maladive d’un outil n’est pas provoquée par l’outil lui-même, mais par la maladie.
L’outil imprime une intention, et les réseaux sociaux inclinent la planche vers la rapidité, le survol, l’immédiateté, l’accès large. Mais nous, en face, ne pourrions que subir, nous arracher les cheveux, sortir le crucifix et les gousses d’ail en parade ? N’avons-nous pas assez de cervelle pour distinguer, hiérarchiser, choisir, sélectionner, se déplacer, éviter, raisonner, penser enfin devant les multiples possibles offerts par Twitter Facebook et plus si affinités ? Ma voiture peut rouler très rapidement, surtout quand j’appuie sur la pédale de droite. Donc, lorsque je m’installe au volant, je n’ai pas d’autre choix que d’accélérer à fond les manettes, vroummmm ? Avec le câble j’ai accès à 500 chaînes de télé, donc je me force à les regarder toutes ? ( !) Si ce n’est pas clairement indiqué dans le mode d’emploi du micro-ondes, j’ai le droit de faire cuire un chat vivant à l’intérieur ?
C’est un bien triste constat de penser autrui comme dénué de sens commun et aussi faible d’esprit qu’un mérou dans un aquarium. « Cette ouverture permanente » au web je la régule en fonction de paramètres immuablement humains, comme le besoin de solitude ou l’envie de marcher en forêt. Et lorsque je la retrouve, je sélectionne les voies que j’emprunte, je lis des textes et des pensées que je vais rejoindre avec l’intention de le faire (grâce à twitter) précisément, ou sous l’effet magique de la sérendipité. Et je ne suis pas Astroboy, juste un humain regular.
Ce qui me gêne aussi dans cette pensée d’un web tentaculaire incontrôlable à la rapidité abrutissante, c’est qu’en socle et sous la trame, on y retrouve la silhouette fantomatique de Preskriptor, ce héros. LE prescripteur du web. Celui qui sait où aller, quoi lire, quoi faire quoi penser. Celui dont les neurones s’étagent en escalier mécanique. Celui qui pense un monde pyramidal où lui-même se placerait en haut tout en haut à cheval sur la pointe du monument-soldat-du-haut-de-ces-pyramides avec son chapeau de peticaporalcorse.
De mon point de vue d’human regular, j’ai tendance à penser que Preskriptor aime présenter le web comme dangereux/ immense/ cannibale/ infini / pour asseoir son identité : « suivez- moi mes petits, je vous guiderai, ne quittez pas ma lampe torche des yeux, mais en passant admirez l’hémisphère gauche de mon cerveau qui pèse 3 kilos 600, oui, je dois, en plus de vous guider indéfectiblement, être attentif à mes vertèbres, telle est ma croix ».
Alors oui, l’outil (Twitter-facebook-rézosocio) n’est pas neutre. Mais, my goodness, en face, je ne suis pas neutre moi non plus !
Entre ceux qui questionnent et ceux qui jugent, je préfère les premiers, qui ne me prennent pas pour une cloche vide, à remplir de leur sagesse.
Une « ouverture au monde potentiellement permanente et infinie » (en dehors du fait qu’elle n’existe pas telle que décrite, aussi floue et aussi dangereuse qu'il y paraît) c’est voyager au Québec suite à un tweet, ou interroger la pensée de Montaigne, une richesse accessible, qu’elle passe par twitter Facebook ou la boulangère de la rue Jean Renoir. Si je m’ouvre (avec mes moyens faiblement humainement limités) au monde, je peux m’y déplacer.
(j’ajoute, et de façon toute personnelle, cela n'engageant que ma propre personne, qu’utiliser le net pour déclarer que l’on doit s’en extraire est une vache de contradiction de base dont j’espère bien me préserver, que les dieux Internetor et Webarix me tiennent en leur sainte garde)
-
Commentaires
S'agissant de ces réseaux sociaux, je ne sais pas trop. Je m'y suis hasardé. J'ai testé. J'ai persévéré. Je me suis découragé. J'ai abandonné. J'ai fermé le tout. Et j'ai relu Montaigne : Tu as bien largement affaire chez toy, ne t’esloigne pas. J'ai repris mon appareil photo. J'ai retrouvé ma quiétude et éloigné mon inquiétude.
Je ne sors pas de chez moi Pierre, je vous l'assure :-) (ma religion me l'interdit)
4brigetounLundi 6 Août 2012 à 05:16
je change d'avis sans arrêt (n'évis pas v cici, honte à moi) mais serai suis resterai viscéralement incapable d'adopter les dictats de Preskriptor.
Plus réellement suis un cas de faiblesse rarement égalé qui me rend twitter (facebook moins, sais pas pourquoi : si, moins trié) bassement indispensable, et j'espère avoir toujours la petite barre armature ferme qui gueule quand ça risque d'empiéter réellement
Enfin je commence à me lsser s"rieusement de cette petite polémique par trop sérieuse, où chacun tient à vous enrôler sous sa cause (et bravo à Joachim Séné)
Suivre le flux RSS des commentaires de cet article
Ajouter un commentaire




Puissent Internetor et Webarix veiller sur nous !