• Fin de chronique du livre : L'immortel in l'Aleph de Jorge Luis Borges

    Fin de chronique du livre : L'immortel in l'Aleph de Jorge Luis BorgesOn comprend mal, a priori, en quoi l'immortalité est un cauchemar alors qu'elle préserve de ce que les hommes redoutent le plus, la mort. Marcus Flaminius Rufus s'aperçoit d'abord que ceux qu'il prenait pour des Troglodytes sont les immortels, que le pauvre hère aphasique qui le suit partout comme un chien n'est personne d'autre qu'Homère !
    Sur les flancs de la montagne faisant face à la Cité qu'ils ont abandonnée vivent ces êtres hagards, « nus », à « la barbe négligée » et à « la peau grise ». Sur la poitrine de l'un d'eux, un oiseau a fait son nid. Il apprend également qu'ils ont mis soixante ans à secourir l'un des leurs tombé dans un puits. A quoi bon, en effet, faire aujourd'hui ce que l'on peut faire le lendemain, le mois prochain, l'année prochaine, le siècle prochain ?
    L'immortalité est une malédiction parce que n'agissons que parce que nous sommes, à cause de la mort, dans une situation d'urgence. L'immortalité annule l'action.

    L'immortalité ôte tout intérêt à la vie alors que la mort la rend précieuse, lui donne toute sa valeur parce que chacun de nos gestes, chacune de nos paroles peuvent être les derniers. Telle est la terrible leçon qu'apprend Marcus Flaminius Rufus...

    Cette idée est au cœur d'autres textes consacré à ce sujet, d'abord des écris religieux comme la voix du salut de saint Alphonse de LIGUORI mais aussi un roman : Tous les hommes sont mortels de Simone de Beauvoir. Fosca, l'immortel, raconte qu'il a accompli les exploits les plus fous afin de séduire une femme qui connaissait son secret. Mais elle s'est toujours refusée à lui parce qu'il ne pouvait rien lui offrir : le courage, la générosité, le don de soi n'ont de sens que de la part d'un mortel, ils ne signifient rien de la part d'un immortel.

    Dans la Mort, Jankélévitch résume bien ce problème : « Pour l’être immortel, condamné par son invulnérable cotte de mailles d’immortalité à vivre indéfiniment, le danger n’a pas de sens, ni le courage, ni l’aventure ; peut-être les anges auraient-ils bien envie de mourir pour pouvoir, comme tout le monde, courir des aventures : ils meurent, hélas !, de ne pouvoir mourir. »

    Alors, pour cesser de mourir de ne pas pouvoir mourir, Marcus Flaminius Rufus reprend la route car s'il y a un fleuve dont les eaux rendent immortel, il doit y en avoir un autre dont les eaux rendent de nouveau mortel.

    L'immortel in l'Aleph de Jorge Luis Borges, Gallimard

     


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