• "Les identités remarquables" de Sébastien Lapaque.

    "Les identités remarquables" de Sébastien Lapaque. Le livre s’ouvre sur l’annonce de la mort prochaine du héros (auquel le roman s’adresse en le tutoyant). « Tu vas mourir, aujourd’hui, et tu ne le sais pas encore. »

    Cette mise en abîme peut sembler déconcertante (l’auteur s’adresse-t-il à nous, lecteur ? Ou à son héros, comme cela semble être le cas ?). Toute l’originalité du roman tient dans cet étonnant tête à tête dans lequel on se trouve tout à la fois impliqué et extérieur. Voyeur et lecteur. Simple témoin. Au fil des pages, le rythme s’impose. Et franchement, il n’est pas désagréable. On s’y sent bien. À l’aise. Le héros, condamné à mort donc, vit simplement. Il a un ami,

    Laroque, qui lui tient tout à la fois lieu de confident et de mentor. Il est professeur d’anglais, dans un petit lycée du sud de la France. Et entretient une relation plus charnelle que réellement sentimentale avec une certaine Caroline, marchande de jouets de son état et future parisienne dans les faits. Mais voilà, comme beaucoup de héros de roman, il cache un secret. Un secret à l’origine d’un drame familial. Et on le traque, dans l’ombre. On le file. On l’espionne. On va jusqu’à fouiller son appartement en son absence. Un frère et une sœur. Mais pourquoi diable font-ils ça ? Oui, pourquoi ? Qu’a donc fait cet homme à l’apparence si tranquille ? Si banale. Si banalement tranquille.

    Sébastien Lapaque manie ce suspense – tranquille lui aussi – avec un doigté que beaucoup pourraient lui envier. Son art consommé de la phrase, ni trop longue, ni trop courte, ses envolées, parfois lyriques mais jamais ridicules (certaines sont pourtant à la limite), est un vrai plaisir de lecture.De lecteur.

    Un livre bien écrit donc. Ce qui n’est déjà pas si mal.Bien évidemment, il arrive à son héros d’aller à la messe et de s’interroger sur cette haine que l’on peut avoir à l’encontre de la langue allemande, qu’il juge pourtant si « belle », surtout chez Bach… mais ce sont sans doute là mes à-priori qui me poussent à le noter (et je soupçonne fort l’auteur de l’avoir fait exprès, par goût de la provocation). Tout comme pour les oncles du personnage principal, dont il fait de joyeux légionnaires (jamais avars de chansons à la fin de repas forcément arrosés). Ni de son père, un farouche antimilitariste, exécré par sa belle-famille au point de devoir être enterré « à part », dans un autre cimetière…

    Un père, que son aveuglement idéologique, pousse à interdire à son fils les joies simples des maquettes d’avions de guerre ou de la diffusion des épisodes des « Têtes brûlées », le dimanche après-midi, à la télévision (heureusement pour lui, son meilleur ami est fils de militaire… l’honneur est sauf). Soit.Rien de bien méchant là-dedans. En tous cas de quoi renvoyer le livre à Fluctuat. Surtout que…Quel est donc ce fameux secret pour lequel il va mourir ? Et que cache « Mademoiselle mystérieuse » ? Quelle somme de frustrations accumulées ? De passions inassouvies ?Quelle douleur ?

    Je n’en dirai pas plus, afin de ne pas gâcher votre plaisir. Car, vous l’aurez compris, malgré des à-priori négatifs – essentiellement liés à la personnalité de l’auteur – je vous recommande la lecture de ce livre. Agréable. Bien écrit, au ton légèrement suranné (les dialogues en deviennent parfois surréalistes) et à la fin pour le moins… surprenante (décevante ?). Quant à ceux qui pensent y découvrir un bon vieux polar des familles, qu’ils déchantent immédiatement ou se fassent une raison.


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